El trotamundo
Après de nombreux voyages en Amérique du Sud principalement, je me suis enfin décidé à partir avec un aller simple et pour une durée indéterminée. On verra où le voyage me mènera, ce que les rencontres me feront découvrir, quels sont les endroits qui me fascineront,... l'idée étant de pouvoir saisir toutes les opportunités qui se présenteront à moi dans les mois à venir....

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De Salvador à Belém

     Ca y est, mes parents sont partis pour le Pérou il y a deux jours et je viens de raccompagner les Baudouin's et Zabeth à leur taxi, direction l'aéroport et la France. Me voilà de nouveau tout seul, un peu tristounet après ces deux superbes semaines en compagnie de mes proches. Je sais déjà que je ne vais pas rester à Salvador mais je ne sais pas bien encore ce que je vais faire. Une chose est sure, j'en ai marre de faire du tourisme. Marre de toujours bouger, envie de me poser, de travailler (et oui, ça m'arrive aussi), de sociabiliser, d'avoir un logement à moi (et pas un dortoir avec cinq ou dix autres routards),... envie de me créer une petite vie sans avoir à faire, défaire et encore refaire mon sac. Et puis, il y a une autre raison qui me pousse à vouloir travailler. En plus de sa bonne humeur et sa tendresse maternelle, la Moz est venue avec ma comptabilité de l'année dernière (2010 en l'occurrence). J'ai donc profité des deux dernières semaines pour faire mes comptes et ma déclaration d'impôts et comme j'ai beaucoup travaillé les deux années antérieures pour pouvoir financer mon voyage, je me retrouve à déclarer 10000 euros de plus qu'en 2009 !!! Il me reste encore un peu d'argent bien sûr mais vraiment pas assez pour payer mes impôts et mon URSSAF pour l'année à venir. Il faut donc que je bosse ! De toute façon, dans mes plans initiaux, je prévoyais de travailler en Amérique du Sud pour pouvoir continuer mon trip et espérer aller en Australie l'année prochaine. Et puis, l'idée de départ était aussi de faire enfin valoir mon diplôme d'instructeur de plongée et de commencer ma nouvelle carrière au Brésil. Par contre, maintenant, je me demande si un salaire brésilien sera suffisant pour palier à mes charges françaises. En fait, je n'en sais rien puisque je ne me suis pas vraiment renseigné pour le moment.

 

     Jusqu'ici, j'ai répertorié tous les centres de plongée PADI (l'institution internationale de plongée pour laquelle je suis certifié) de la côte nordeste mais je ne les ai pas encore contacté. Je n'ai même pas encore rédigé mon CV et c'est la première chose que je dois faire. Mise à part le fait qu'il me faut le traduire en portugais, le plus gros du travail est de trouver quelque chose à y mettre pour le valoriser sachant que je n'ai aucune expérience professionnelle dans le milieu de la plongée. Ensuite, l'envoyer et attendre une réponse... le pire moment de la recherche de travail, quand tout est fait et que la durée de l 'attente dépend du bon vouloir de possibles futurs employeurs. Le rêve, bien sûr, serait de travailler à Fernando do Noronha, cet archipel à 400 km au large de la pointe nord-est du Brésil (un avion d'Air France s'est crashé pas très loin de là-bas) où raies mantas, dauphins et requins de tous types sont les hôtes quotidiens des plongeurs mais on va pas trop rêver. Pour l'instant, je suis toujours à Salvador et je n'en peux plus, il faut vraiment que je m'en aille.

     Ca peut paraître étonnant après la description que j'en ai fait auparavant mais j'en ai assez de me faire harceler à longueur de journée (et de nuit) par les mendiants et surtout les enfants. Et puis, à force de traîner dans les rues de Pelourinho, je commence à les connaître tous (et je pense qu'il me connaissent aussi). Il y a celui qui jongle avec des noix de coco, celui qui vous accroche des colliers contre votre gré et vous demande de l'argent ensuite. Pour moi, le plus triste, c'est ce gamin, plein de trous dans les cheveux à force de se les arracher du fait d'un tic nerveux qui révèle un état de manque quasi permanent. Je crois que ça me fait surtout de la peine de voir des enfants de dix-douze ans dans cet état. J'observe leur comportement au fil des jours (ou des heures) et je me rends bien compte des effets maléfiques de la drogue. Il arrive toujours un moment où ils deviennent agressifs quand ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent et je finis par moi aussi les envoyer promener. D'ailleurs, je ne leur file plus rien maintenant sauf à mon pote Carlos. Lui, je l'aime bien. Il vient me faire une grande accolade tous les jours, il se balade avec moi et me raconte sa vie d'enfant orphelin qui, à onze ans, élève son petit frère de cinq. Et puis, il a une bonne tête, il a l'air clean, il n'a pas le visage ravagé que peuvent avoir certains autres. Carlos ne me demande jamais d'argent mais du lait en poudre ou un sandwich qu'il mange voracement devant moi. Il faut faire attention à ça aussi parce des fois, ils revendent les sandwichs ou les boissons qu'on leur offre pour s'acheter du crack ou de la colle. Au bout de quelques jours où je vois Carlos, il commence à vouloir emporter la nourriture alors je l'oblige à croquer dedans ou j'ouvre les boissons que j'achète pour lui et il se fâche en m'accusant de ne pas lui faire confiance. Mes soupçons seront confirmés quand deux jours de suite, je le verrai profondément endormi sur un trottoir en plein soleil de midi. Caralho ! J'me suis encore trompé ! Ca a finit par me démoraliser complètement et je décide de prendre le large. Il y a bien deux ou trois centres de plongée ici mais il faut que je m'éloigne de cette ville immense et totalement folle. Je me vois plutôt m'installer dans un petit village au bord d'une immense plage bordée de cocotiers.

     Avant de partir, j'ai eu la chance d'assister à une répétition publique du groupe Olodum, emblème musical de la ville. C'est LE groupe de percussions, inventeur du samba reggae, qui enflamment les rues de Salvador de Bahia pendant le Carnaval. Pour cet événement majeur de la culture brésilienne, ils alignent plus de cent-cinquante percussionnistes et sont suivis par des centaines de milliers d'habitants du monde entier peinturlurés et échauffés par la caïpirinha. Une des grandes fierté des salvadoriens est le clip « They don't care about us » que Michael Jackson est venue tourné ici avec le groupe local et certains habitants du quartier. Et quand ils font une répétition, en général une fois par mois, ils la rendent publique. La veille de mon départ, alors que je boucle mon sac, Zaylla, la brésilienne de São Luis de mon dortoir, rentre toute excitée à l'idée de voir ce groupe mythique et me propose de l'accompagner. Comme d'habitude, les vendeurs de cerveja gelada et les ramasseurs de canettes pullulent devant la porte d'une sorte club associatif. L'entrée est plus chère que prévu mais Zaylla négocie ferme et on entre victorieusement dans un patio encore peu peuplé en ayant payé moitié prix. Ils ne sont pas cent-cinquante bien sûr, les locaux auraient explosé, mais il suffit d'une trentaine de tambours battus par des percussionnistes enragés qui les font sauter à trois mètres à au-dessus de leurs têtes crépues pour nous faire vivre une ambiance de Carnaval en plein mois de mai. Zaylla me dit après qu'elle rêvait depuis enfant de voir un concert d'Olodum et je crois qu'effectivement, ça aurait été dommage de rater ça. Un autre moment de folie mais qui me donne plutôt envie de revenir... pour le Carnaval.

 

     Je quitte donc mes potes de l'hôtel et ma vue panoramique sur a Baia de tudos os Santos pour prendre le bus de Maceio à quelques centaines de kilomètres. Je vais plus exactement à Praia do Frances (Plage du Français, tdlr) où se trouve le premier centre de plongée en suivant la côte vers le nord et où, apparemment, il y aurait de belles vagues. Quand j'arrive au petit matin dans cette petite ville de province de près de deux millions d'habitants, je découvre une cité industrielle sous une pluie fine et face à une mer brunâtre. Je reprends un bus pelo Frances. La campagne est belle malgré le ciel couvert et menaçant mais semble bien trempée. De grandes flaques barrent la route à plusieurs reprises, les rivières débordent d'une eau boueuse, il y a même des zones habitées inondées. Mon voisin me dit qu'il pleut depuis plusieurs jours déjà et qu'à priori, ce n'est pas près de s'arranger. Ce n'est pas très bon ça pour quelqu'un qui cherche du boulot dans la plongée, surtout si les eaux sont troublées par la boue des rivières. Arrivé à destination, je déchante encore un peu plus. Les rues de ce village balnéaire sont désertes, on dirait presque que tout a été retourné par une tempête tropicale. D'ailleurs, la pluie commence à forcir, il faut vraiment que je trouve un endroit où poser mes valises. Tout est fermé, complet ou trop cher et je finis par me rabattre sur une petite bicoque familiale où des petits vieux louent une chambre. C'est très sombre, franchement miteux mais à quelques mètres de la plage. Je pars voir les vagues qui, sous une pluie maintenant battante, déroulent en formant des jolis petits tubes bien lisses mais là, je suis trop crevé pour ramer alors je retourne me coucher dans mon lit poisseux.

     Quand je me réveille en tout début d'après-midi, le soleil a percé les nuages et le village a meilleure mine. Les voisins discutent assis devant leurs maisons et les surfeurs défilent devant ma bicoque la planche sous le bras. Il y a bien quelques vagues mais le fort vent qui s'est levé et a chassé les nuages rend le plan d'eau brouillon. Sous un ciel bleu, c'est bien plus beau, surtout avec ces grands cocotiers qui s'élèvent sur les dunes. La plage a repris vie, les restaurants commencent à installer les parasols sur le sable et les premiers clients sont déjà assis devant une bière bien fraîche. En me baladant au bord de l'eau, j'aperçois le sigle PADI si familier accroché à un arbre et j'en prends la direction. Le patron me reçoit cordialement, il ne se souvient pas d'avoir reçu mon mail et mon CV (c'est sa femme qui gère le courrier), il me fait visiter les locaux et me dit que malheureusement, il n'y a pas vraiment de boulot en ce moment du fait des pluies. Je suis con aussi, je savais bien que c'était la saison humide mais je ne pensais pas que c'était à ce point ! Et puis, je ne voulais pas aller dans le sud puisqu'on entre dans l'hiver qui peut s'avérer plus froid qu'on ne se l'imagine. Je repars encore plus dépité, c'est mal parti mon affaire. Je décide de rester ici quelques jours pour me poser, réfléchir aux options envisageables, surfer et voir si une réponse inespérée apparaît. En rentrant vers mon taudis, je passe devant une pousada, o Cocoloco, et je demande par hasard s'il n'y aurait pas une chambre disponible aux alentours de vingt reais. Une métisse enrobée, aux traits assez grossiers et aux culs de bouteille posés sur le nez, s'approche avec un sourire gigantesque qui dévoile ses dents bien blanches. Elle me propose un petit appartement avec salle de bain et cuisine pour ce prix mais à condition que je reste au moins une semaine. Allez ! Vendu ! Je m'installe demain à la première heure. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que je vais me plaire ici.

      Mon rythme de vie est assez simple : levé tôt pour aller surfer, je reviens manger une salade de fruit en guise de petit déjeuner, je retourne surfer, je reviens déjeuner et après une petite sieste, je repars à l 'eau pour la dernière session avant o pôr do sol (coucher de soleil, tdlr). J'arrive à prendre quelques vagues sympas mais globalement, ce n'est pas dingue. Elles sont puissantes et creuses mais courtes et souvent brouillées par un vent du large. En plus, les pics bougent tout le temps et il y a ce p***n de courant qui t'emporte à l'autre bout de la plage en quelques minutes. Je comprends mieux pourquoi les surfeurs locaux sont aussi baraques mais je ne comprends toujours pas comment ils font pour être si bons dans des vagues pareils. On se croirait au milieu d'une rampe de skate tellement ils bondissent sur n'importe quel bout de vagues qui lève un peu.

      Du coup, je passe beaucoup de temps à la pousada et je deviens de plus en plus pote avec Tina, la patronne aux grosses lunettes, et Aline, son aide-cuisine, une évangéliste récemment convertie qui me fait des allusions sexuelles toute la journée avant d'éclater de rire. Ca, on rigole dans cette cuisine et après deux-trois jours, je suis leur chouchou et elles me maternent comme le fiston de la maison. Premièrement, il est hors de question que je cuisine donc je suis inclus dans tous les repas, ensuite Aline insiste pour faire le ménage dans ma chambre chaque jour, pour laver mon linge et Tina m'apporte des limonades maisons bien fraîches aux heures les plus chaudes de l'après-midi,... un vrai coq en pâte !! Il y a aussi Negão (Negro, tdlr), le copain de Tina, chargé de l'intendance dont le rire tonitruant m'entraîne à chaque fois avec lui. Je lui donne des fois des coups de main pour réparer toute sorte de truc, construire des étagères, décrocher les noix de coco avant qu'elles ne s'écrasent sur la tête de quelqu'un (par contre, je le laisse monter) ou à négocier du poisson que les jeunes pêcheurs essaient de vendre au porte à porte. En fin de journée, Eumir rentre du travail et c'est en général quand il commence à raconter ses blagues qu'on entame les caïpirinhas qui favorisent d'autant plus nos grands fous rire. Eumir, c'est un type d'une cinquantaine d'années, installé ao Cocoloco depuis qu'il a quitté sa femme. Il bosse comme commercial à Maceio et on comprend facilement pourquoi. Il a un bagou pas possible, arrête pas de faire marrer tout le monde et c'est sûrement grâce à cela qu'il ramène une femme différente dans sa chambre chaque soir malgré son physique peu avantageux. Sacré Eumir !! Je me plais bien dans cette maison où il fait bon vivre et où les gens sont adorables. Et qu'est-ce qu'on rigole !!

     Les jours passent tranquillement et toujours pas de nouvelle positive pour le travail. J'ai bien reçu deux ou trois réponses me disant que la saison était calme et qu'ils ne recherchaient personne pour le moment. Pas avant septembre-octobre. Mais je ne peux pas attendre jusque-là. Je commence un peu à désespérer, le mois de juin approche et si je veux réussir à payer mes impôts et mon voyage en Australie, il va falloir que je trouve vite une solution. Je vais devoir sortir le joker que je ne voulais pas utiliser, la kinésithérapie. Je m'oriente donc vers les Antilles et contacte le cabinet de Guadeloupe pour lequel j'avais bosser en 2006. Malheureusement, ils n'ont pas besoin de remplaçant. Ils vont se renseigner et me tenir au courant mais quoiqu'il en soit, je peux venir et squatter chez l'un d'eux en attendant que je trouve quelque chose. Sympa !! Je regarde les annonces sur internet pour la Martinique aussi mais ça s'avère peu fructueux. Une autre semaine passe et toujours rien ! Je commence même à envisager de rentrer en France pour les vacances d'été. Après tout, c'est la meilleure période, il fait beau et il y a du boulot. Et puis, je serais bien content de voir la famille et les copains, de me balader en France, de me régaler de ses mets et ses vins fabuleux,... Allez, pourquoi pas ? Je bosse quelques mois là-bas et je reviens au Brésil en octobre. J'arrive à me faire à cette idée même si une part de mon orgueil brûle à l'idée de devoir rentrer après seulement six mois de voyage alors que je me voyais partir sans revenir avant bien plus longtemps. Un matin, après ma session de surf, j'ai pris ma décision, je vais regarder les billets d'avion et les offres de remplacement en métropole. Je m'assois devant l'ordinateur, j'ouvre le site d'annonces pour kinés et là, je me rappelle les douces paroles de la Moz : « Et pourquoi tu ne recherches pas en Guyane ? Tous les gens qui y vont en reviennent ravis. » Personnellement, ça ne me dit trop rien. En fait, je ne me suis jamais dit que j'irai en Guyane Française, terre isolée au milieu d'une forêt amazonienne humide et bourrée de moustiques. Pourquoi pas ? Après tout, c'est encore plus près que les Antilles puisqu'elle a une frontière commune avec le Brésil. Quand j'ouvre la page, il y a au total trois annonces (contre des centaines pour n'importe quelle autre région de France et de Navarre) dont deux qui datent de six mois ou plus. La dernière, par contre, est datée... d'aujourd'hui ? « Cherche remplaçant pour trois mois à partir de début juin. Place disponible dans une colocation. » Hallelujah !!! Finalement le salut viendra de la terre des bagnards. J'appelle Nico, le kiné en question, et l'affaire est conclue dès le lendemain. Je dois être à Cayenne dans dix jours.

     Je reprends donc la route en laissant derrière moi ma nouvelle famille attristée. Tina, les larmes aux yeux, essaie de me faire promettre de revenir après la Guyane (c'est dans mes projets de revenir au Brésil dans quelques mois mais de là à promettre de revenir à Maceio... difficile à dire). Eumir me dépose au terminal et me serre longuement dans ses bras, comme un bon ami. Il faut dire qu'on en a vécu des bons moments ensemble. Je pars le cœur lourd moi aussi, c'étaient vraiment des gens géniaux.

 

     Etape suivante : Recife. Connue comme la ville la plus dangereuse du pays du futebol, elle n'est pas du tout recommandé par les guides car en plus, il y a très peu d'intérêts touristiques. Côté surf, il ne faut même pas y compter, les eaux sont infestées de requins et sa pratique est interdite sur toute la côte du Pernambuco (l'état de Recife). Alors pourquoi j'y vais ? Parce que c'est assez réputé pour la plongée du fait d'un grand nombre de bateaux militaires coulés dans la région pendant la Seconde Guerre Mondiale (Ah bon ? Elle est arrivée jusqu'ici?). Et puis, on doit pouvoir voir des requins logiquement. Bien que je ne cherche plus de travail, j'ai bien envie de plonger pour le plaisir.

     D'après le Lonely Planet, le centre craint trop et il faut éviter de s'y balader la nuit. Il est préférable de rester dans le quartier de Boa Viagem, résidentiel et centre des affaires, mais dès que je commence à m'y promener, je décide que je bougerai dès le lendemain. Une véritable forêt de gratte-ciels vitrifiés quadrillée par d'interminables avenues sans fin ni âme. La plage n'est pas bien loin mais on ne peut même pas s'y baigner. Je déplace donc mes valises à Olinda, la ville voisine, de l'autre côté du centre. Cette petite bourgade qui fut bien plus importante que Recife au début de la colonisation mais perdit de son influence lorsque l'industrialisation a développé sa concurrente, est un des points d'intérêts de la région pour son charmant centre historique et colonial accroché à une colline face à l'Atlantique. J'essaie d'organiser une plongée mais les bateaux ne sortent que le week-end en ce moment et je ne peux pas attendre jusque-là. J'en profite tout de même pour visiter les centres culturelles des frères Brennan. L'un était collectionneur et a regroupé nombre de tableaux et sculptures de l'époque colonial dans un énorme château à l'architecture moderne curieuse (je dirais... germanique). On y trouve de belles illustrations du pays lorsque les portugais sont arrivés et notamment, de la baie de Rio avant que n'y soient posées les premières pierres. L'autre frère est le sculpteur contemporain brésilien le plus connu. A l'image de Dali ou Gaüdi, ces œuvres aux formes bizarroïdes représentent des créatures imaginaires ou des paysages invraisemblables. C'est plutôt intéressant et j'aime assez ce type d'artiste un peu bargeot qu'on apprécie parce qu'on trouve en eux un peu de notre propre bargeo-itude (enfin, c'est l'idée que j'en ai). Par contre, quelle galère pour venir admirer ces créations ! Deux heures de bus plus un taxi. Et quand je veux en repartir, il n'y en a plus pour me ramener à l'arrêt de bus le plus proche qui doit se trouver à quatre bons kilomètres. Je demande au chauffeur d'un bus scolaire s'il peut m'avancer un peu. « A onde vai ? Olinda ? Lhe deixou pertinho. » Pertinho, pertinho,... c'est vrai qu'au final c'était pas si loin mais il m'a tout de même déposé en pleine nuit dans un quartier qui ressemblait plus à une favela qu'à Boa Viagem. J'arrive sain et sauf à mon auberge de jeunesse mais c'est vrai que je ne faisais pas le malin. Avant de partir (encore), je fais un petit tour dans le centre de Recife et c'est vrai : très peu d'intérêts touristiques, des rues très sales et un sentiment palpable d'insécurité. Allez ! Embora !!! (expression intraduisible littéralement qui signifie : « On y va ! »)

 

     Après une nouvelle nuit de bus, j'arrive à Fortaleza. Quand je sors du terminal, je retrouve Laurène et Igôr qui m'attendent dans leur petite voiture. Laurène est une copine de maternelle de mon frère Druz et nos parents se connaissent depuis des années donc autant dire que je la connais presque depuis qu'elle est née. Elle est venue faire un volontariat ici l'année dernière, elle est tombée amoureuse d'Igôr, le sympathique photographe et elle est revenue il y a quelques mois pour s'installer avec lui. Je suis content de la revoir après ces quelques années et pour elle, ça fait bizarre de voir un Gonzales au Brésil. Pour le moment, ils vivent toujours chez la mère d'Igôr qui habite dans une belle maison d'architecte où une chambre m'est réservée. Je ne suis là que pour le week-end (je travaille mercredi) donc on le passera surtout à la plage et en festa. Praia do Futuro vendredi après-midi, ambiance typiquement brésilienne. Des tables et des chaises pliantes protégées par de grands parasols à l'effigie d'une marque de bière sont assaillies par une foule de plagistes en mini-short ou string venus se jeter dans les vagues entre deux mousses et un poisson grillé. Je préfère les endroits plus tranquilles généralement mais c'est pas mal aussi de se boire une petite fraîche les pieds dans le sable face à la mer ou au coucher de soleil.

     Le soir, on retrouve les amis de mes hôtes dans un petit bar populaire au coin d'une rue qui déborde de buveurs de bière. Tout le monde chante à tue-tête et danse autour de la batucada assis en cercle au milieu de la pièce. Merci les amis, vous saviez que c'était ce que je voulais voir. Et c'est pas fini ! On se dirige vers le Centro Dragão do Mar. Quelle bonne idée que de construire un grand centre culturel regroupant salles de concert, cinéma, restaurants, bars, discothèques et où des gens de tous âges se retrouvent le week-end pour un battle de break dance, manger une pizza ou danser sur de la samba. On a d'ailleurs fait les trois et on a passé une soirée géniale.

     Ca m'a fait plaisir de voir Laurène bien à l'aise dans son nouvel élément même si elle me dit que le manque de sécurité lui donne parfois l'impression d'être moins libre qu'en France. Par exemple, elle ne peut plus marcher toute seule dans les rues après la tombée de la nuit (même accompagné, il vaut mieux éviter) ni descendre de sa voiture pour retirer de l'argent. On conseille aux gens de ne pas s'arrêter aux feux rouges la nuit pour éviter les agressions à l'arme à feu assez courantes à Fortaleza. Elle m'explique qu'au cas où, il faut toujours avoir quelque chose à donner, ne serait-ce que quelques reais pour satisfaire le manque des agresseurs qui peuvent péter un plomb s'il n'ont pas ce dont ils ont besoin. Vu comme ça, effectivement, on peut la comprendre. Malgré cela, elle a l'air heureuse. Il faut dire qu'elle est bien entourée par un Igôr fort chaleureux et très intéressant et des amis festifs et accueillants. Encore une destination qui valait le détour et qui en vaudrait sûrement un autre. En 2014 pour la Coupe du Monde ? On se tient au courant.

 

     Dernière étape avant la Guyane : Belém. Retour sur les berges de l'Amazone. Juste une escale de vingt-quatre heures, le temps de jeter un œil à cette ville qui n'a pas meilleure réputation que Manaus. En pleine saison des pluies maintenant, la moiteur et l'obscurité en plein jour rendent les lieux peu attrayants. On est dimanche après-midi et la place principale du centre-ville est quasiment déserte. Seuls des mecs encore bourrés de la veille, des prostituées ou des clochards aux gueules patibulaires errent sous la pluie légère. Je prends le premier hôtel potable que je trouve, histoire de ne pas trop traîner dans les rues sales et peu rassurantes avec toute ma vie sur le dos. Alors que j'essaie de me connecter à un réseau internet qui n'arrive pas à traverser les rideaux de pluie qui tombe dehors, deux gars de São Paulo viennent me saluer et me propose d'aller avec eux à uma balada (une soirée, tdlr) sur le port. On est dimanche soir mais après tout, je n'ai rien à faire. Le taxi nous dépose au fond d'une impasse inondée de flaques boueuses. On est dans un de ces quartiers où les maisons sont construits sur pilotis au bord du fleuve. On passe une porte, on emprunte des passerelles qui font office de rues et on aboutit sur une salle immense, je dirais plutôt un ponton géant transformé en salle de concert. Un groupe se produit déjà et les locaux aux faciès si indiens se trémoussent dans tous les sens. Après les physiques négroïdes du Nordeste, il suffit de regarder le visage des gens pour savoir que j'ai atterri en Amazonie. Quelle diversité dans ce peuple brésilien !! Et toujours ce grand point commun : festa e mais festa !! Le dernier groupe à passer joue du reggae mais l'ambiance est bien différente des concerts en France, bondés de rastas ou assimilés qui se balancent sur place, enfumés par la maconha (le mot brésilien désignant la marihuana). Ici, la reggae, du fait de son rythme nonchalant, se danse de façon plus « sexy », plus comme le zouk des Antilles et c'est, apparemment, l'occasion de conclure les négociations entamées au cours de la soirée puisque tout le monde commence à s'embrasser à tout va. Ces brésiliens, ils ont vraiment ça dans la peau ! Contre toute attente, c'était finalement une excellente dernière soirée au Brésil et je prends l'avion vers la France d'outremer avec la ferme intention de revenir dans ce fabuleux pays dès que ma situation financière sera plus clémente. Até logo Brasil !!



Publié à 14:31, le 17/09/2012, Belém
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As Chapadas Diamantinas

     Après ces quelques jours passés au bord de la Baia de Todos os Santos, on quitte l'Océan Atlantique pour s'enfoncer dans les terres et monter un peu dans les hauteurs. Il n'y a pas vraiment de chaîne de montagnes au Brésil, le point culminant atteignant à peine 3000 mètres dans l'Etat de Roraima à la frontière vénézuélienne. Le pays est plutôt plat dans l'ensemble, étant déjà recouvert de plus de 40% de forêt amazonienne. Tout le long de la côte nordeste, le climat est tropical, chaud et humide, a Mata Atlântica prolifère et couvre les bords de mer de forêts luxuriantes. Après quelques dizaines de kilomètres dans les terres, le paysage change radicalement : la végétation disparaît peu à peu pour laisser place à de modestes collines couvertes d'herbes jaunies par un soleil de plomb. Le Sertão, sec et brûlant, s'étend sur des centaines de kilomètres vers l'Ouest et ne sera arrêté que par les premières pousses amazoniennes. Deci delà s'élèvent quelques timides montagnes, plutôt de hauts plateaux, conséquences d'activités sysmiques ponctuelles plus que de véritables mouvements tectoniques. Dans l'Etat de Bahia, ces massifs rocheux portent le nom de Chapadas Diamantinas. Mon père et Fred, mon grand frère, y étaient déjà allés il y a une dizaine d'années et le Poz n'arrêtait pas de dire qu'il devait un jour nous y emmener.
 
     En début d'après-midi, nous arrivons à Lençois, une petite ville qui a su garder un air d'antan avec ses maisons en pierre au bord de la rivière. C'est aussi le point de départ de toutes les excursions vers les Chapadas. Il ne manque pas d'agences qui organisent des randonnées à pied, en 4X4 ou à cheval pour 2, 3 ou 4 jours, voire plus pour les motivés. N'ayant rien préparé avant, on part à la recherche de renseignements afin d'organiser au mieux notre expédition. Pour la Moz et ses vertèbres tassées, il nous faut un mode de transport qui amortissent suffisamment les chocs causés par les possibles chemins accidentés et un endroit sympa où elle pourra rester pendant que nous irons marcher. C'est ce jour que j'ai su d'où vient mon manque d'habilité au marchandage ou de persévérance pour trouver LE bon plan, dès la première agence, les parents réservent le tour et négocient à peine le prix.
 
     Après un gargantuesque petit déjeuner dans le jardin de la pousada, on charge les affaires dans le 4X4 et on part en direction des fameuses Chapadas Diamantinas. Ces hauts massifs rocheux qui surgissent au milieu de grandes plaines ont le sommet aussi plat que leurs parois sont verticales. On dirait de hauts miradors que la nature aurait fait pousser là pour surveiller les étenduesplanes  alentours. Après quelques heures de virages au milieu de ces monuments minéraux, le chauffeur nous dépose au bord de la route avec Rodrigo, notre guide et repart vers la nouvelle pousada avec la Moz, ravie de passer son après-midi à broder. Le chemin part droit devant vers une de ces montagnes qu'il gravit sans trop de lacets. Rapidement, on commence à dominer ces plaines fertiles qui baignent dans une brume qui nous enveloppe peu à peu. L'atmosphère se fait de plus en plus humide au fur et à mesure que les arbustes et les plantes grasses laissent la place aux rochers et à de grandes flaques d'eau noirâtre. L'ambiance est étrange, on se sent comme dans un autre monde, j'ai un peu la même impression qu'au sommet du Roraima au Vénézuéla, montagne à la même forme que celle du coin qui aurait inspiré Sir Arthur Conan Doyle pour l'écriture du Monde Perdu (adapté au cinéma sous le titre Jurassic Park). Le chemin se transforme en ruisseau boueux et on est obligés de déchausser pour continuer à avancer dans cette eau colorée par l'infusion de déchets végétaux. Bientôt on perçoit au loin le bruit d'un torrent qui s'amplifie au cours de notre progression. On atteint enfin cette rivière, toujours noirâtre, que l'on traverse grâce à de vieilles planches posées entre les deux berges at après quelques virages dans les buissons, le paysage se dégage devant nous donnant place à un vertigineux cirque montagneux dans lequel se jette désespérément le cours d'eau. En s'approchant prudemment du bord de la falaise, on peut voir le fond du précipice et l'intégralité de la cascade qui s'appelle a cachoeira da Fumaça (la cascade de la fumée) parce qu'elle s'évapore en fine bruine avant même d'avoir atteint le sol. En revenant vers la route où l'on nous a déposés et où l'on vient nous récupérer, nous nous arrêtons dans une petite cahute pour goûter une spécialité bien brésilienne, o açaï. C'est une sorte de sorbet violet-mauve fait à partir d'une plante amazonienne aux vertus mondialement reconnues (c'est devenu très à la mode dans les milieux bio et végétarien). En général, c'est servi avec du müesli et des rondelles de bananes. Je veux bien croire que ça donne la pêche mais honnêtement je trouve que ça a surtout un goût de terre (ça, c'est ma première impression parce que, par la suite, o açaï na tigela sera l'élément principal de mes petits déjeuners).
     Quand notre véhicule pénètre enfin dans le village où l'on doit passer la nuit, o Valle do Capão, le soleil commence à poindre de nouveau et éclaire d'une lumière d'après-orage les chemins fleuris qui relient entre elles les maisons cachées dans la végétation. On ressent comme une certaine sérennité quand on arrive en ce lieu où s'est installé une communauté hippie depuis quelques années (j'ai appris peu de temps après grâce à Facebook qu'une copine de lycée, un peu hippie déjà à l'époque, vit là-bas mais malheureusement, on s'est raté). En entrant dans le domaine de la pousada, c'est comme d'entrer dans petit paradis terrestre : les maisons sont tout à fait charmantes, le jardin au pied des falaises est féérique et toujours cette sensation de sérennité. D'ailleurs, la Moz est enchantée et essaie déjà de nous convaincre de prolonger notre séjour d'une nuit, ce qui lui permettra de profiter du massage et du SPA le lendemain. On n'a pas été long à convaincre...
 
     Du coup, pendant que la Moz se fait dorloter au SPA, on repart marcher vers os Três Irmãos, notre objectif étant d'atteindre Aguas Claras pour s'y baigner. Une belle et longue randonnée en fond de plaine pendant laquelle nous avons passé beaucoup de temps à observer les plantes bizarres ou les champignons fluorescents qui semblent être très spécifiques à la région.
     Le dernier jour, nous reprenons le 4x4 pour revenir vers Lençois tout en s'arrêtant pour se jeter dans des cascades magnifiques ou aller jouer avec les mignons petits tamarins, plus connus chez nous sous le nom de ouistiti. Le clou de la journée (et peut-être de notre trip nas Chapadas) est sans conteste notre ascension du Morro do Pai Inacio peu avant la tombée de la nuit pour admirer le coucher de soleil sur l'ensemble des plateaux. Absolutamente maravilhoso !!! Décidément, le Brésil m'offre jusqu'ici dans les plus beaux couchers de soleil qu'il m'ait été donné de voir.
 
     De retour à Salvador, on a passé les deux derniers jours de mes parents au Brésil à compléter notre visite de cette superbe ville et à faire quelques achats. Nous avons aussi rencontré Max dont on a tant entendu parlé à l'époque où le Poz travaillait beaucoup ici. Il nous a invité à déjeuner dans un Rodizio, type de restaurant brésilien dont on avait aussi beaucoup entendu parlé (peut-être même plus que Max en fait). Le concept est le suivant : on paie un prix fixe pour avoir accès à un buffet à volonté et une fois assis, une miriade de serveur se présente à nous armés de longues broches sur lesquelles sont enfilées de gros bouts de bidoche ou de calabrese (grosse saucisse qui peut faire un peu penser à de la saucisse de Morteaux, en moins bon bien sûr). Chacun a une petite plaquette devant son assiette qu'on retourne face verte tant qu'on veut manger et face rouge quand on en peut plus. Un bon moyen de s'en mettre plein la panse tout en se faisant plaisir.
 
     Après cette dizaine de jours à Bahia, le Poz et la Moz reprennent leur route vers le Pérou et ma grand-mère qui doit les attendre avec impatience. Aussi content que j'ai été de les retrouver, le fait de les revoir partir me donne un petit coup au moral. Comme je l'avais écrit plus tôt, avant qu'ils arrivent, j'en avais un peu marre de voyager tout seul donc là, j'ai l'impression de faire marche arrière vers la solitude. Heureusement, les Baudouin's et Zabeth ne sont rentrés que deux jours après, du coup la transition a été plus douce. Et puis, c'était cool aussi de passer du temps seul avec eux à continuer les visites ou à boire des caïpirinhas sur a Praia do Forte en mangeant des brochettes de fromage au cumin ou aux fines herbes.
 
     En tout cas, ces deux semaines ont été géniales, aussi bien du point de vue des visites et des beaux paysages que des moments partagés avec mes chers parents et leurs "vieux amis". Et maintenant ? Finies les vacances ! Il va vraiment falloir que je recommence à travailler si je veux continuer à voyager comme ça...


Publié à 09:29, le 19/06/2012, Lençóis
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Salvador de Bahia, grandeur et decadence

     Salvador de Bahia !! Un nom qui fait rêver, une ville qui fait rêver ! Pour moi en tout cas. J'en ai beaucoup entendu parlé par mon père qui y est souvent venu pour le travail mais c'est aussi, avec Rio de Janeiro, la ville la plus visitée du Brésil. Salvador de Bahia, le berceau, le coeur, l'âme de la culture afro-brésilienne à l'origine de la samba, de la capoeira et du candomblé (religion assimilée à la magie noire). Même si Manaus fait déjà partie du Brésil, la culture y est plus amazonienne et assez proche finalement de ce que j'ai pu voir dans l'Amazonie péruvienne ou colombienne. Là, c'est vraiment le Brésil comme on peut se l'imaginer, au bord de la plage et sous les cocotiers, à siroter une caïpirinha au son du berimbau

     En sortant de l'aéroport, je trouve le bus qui mène au centre et je monte dedans. Ici, il y a un chauffeur et quelqu'un assis dans une espèce de cage en ferraille qui fait payer les passagers et les fait passer par un tourniquet. Quelle galère avec les sacs et le bodyboard !! Heureusement, un jeune m'aide à les faire passer de l'autre côté et du coup, on commence à discuter. Au bout de quelques minutes, c'est avec tous les voisins qu'on discute, chacun y va de son conseil pour que je passe le meilleur séjour possible dans leur ville dont ils sont si fiers. C'est ce que j'aime dans ce pays, j'ai l'impression que les gens sont vraiment très sympas et serviables. Spontanément et sans arrière-pensée. Enfin, il va falloir faire attention tout de même parce que la réputation dangereuse du Brésil pousse plus à la méfiance qu'à la confiance aveugle. En attendant, c'est super cool et j'en oublie de m'intéresser au trajet qu'on effectue. Jusqu'au moment où, au bout de l'avenue dans laquelle on avance péniblement du fait de la circulation, j'aperçois l'horizon bleue de l'Océan Atlantique. Je bondis à la fenêtre pour admirer avec envie ces plages bordées de cocotiers et de vendeurs en tous genres, le sable fin couvert de gens buvant des bières affalés dans des transats à l'ombre des parasols et les vagues, terrains de jeux des surfeurs bronzés qui s'éclatent en maillot de bain (signe évident que la mer est chaude !!). Ca y est, je vais enfin pouvoir réutiliser ma planche que je trimbale depuis trois mois sans qu'elle touche une goutte d'eau salée !! J'ai trop hâte...


 

     Arrivé à Pelourinho, le centre historique, j'endosse mes trente-deux kilos de bagages et je pars à la recherche d'un hôtel. Toujours la même rengaine...Guidé par le plan du Lonely Planet et les indications du chauffeur de bus, je m'engage dans une rue qui mène à la Praça da Se. Splendide ! Plus qu'une place, c'est en fait une terrasse géante, étage supérieur du célèbre ascenseur de Salvador, qui surplombe le port et la merveilleuse Baia de Todos os Santos. La vue est imprenable !! Des îles en fond de decor et d'innombrables et gigantesques bateaux qui y naviguent sans cesse sur le plan d'eau. Je continue ma route, arrive sur une autre place, o Tereiro de Jesus qui doit être la principale étant donné sa taille et toutes les églises qui l'entourent, la traverse et m'enfonce dans les rues pavées, étroites et accidentées qui descendent dans Pelourinho. Le relief abrupte offre une vision d'ensemble sur les toits de tuiles oranges, les façades colorées des maisons et les nombreux clochers d'églises tout aussi bariolés qui se dressent fièrement, témoins de la grandeur passée de cette ville. Je comprends mieux pourquoi Salvador de Bahia est considérée comme la plus belle ville du Brésil. Et en plus de la beauté architecturale, la proximité de l'Atlantique y ajoute un charme certain. L'air iodé, le cri strident des mouettes qui volent au-dessus des tête et surtout, le bleu intense de la mer qu'on peut entrevoir à tout moment entre deux maisons ou à travers une fenêtre ouverte.

     Seul petit hic dans cette première très bonne impression, entre l'arrêt de bus et l'hôtel où j'ai posé mes valises, je me suis fait abordé par de nombreux vendeurs et harceler par des enfants à l'apparence et à l'hygiène déplorable qui faisaient la manche. Franchement, j'ai l'impression d'être de retour à Marrakech, sur la place Jema-el-fna (mais avec les gosses en plus). Ce genre de ville qui, du fait de leur charme indubitable, est envahie par des hordes de touristes et par ces pauvres gens qui espèrent en tirer une part du gâteau. Et ça, ça ne me plaît pas trop...


 

     Ma première mission est de trouver un logement pour mes parents et leurs amis (nos amis en fait, je les connais depuis que je suis né) qui arrivent dans deux jours. Le Poz et la Moz vont voir ma grand-mère au Pérou et en profitent pour faire une petite escale au Brésil et passer une dizaine de jours de leur fils chéri et de leurs meilleurs amis : Michel, mon parrain, Jeannine, sa femme et Zabeth. Les recommandations du Poz sont les suivantes : deux chambres dans le centre historique. Pas trop dur non ? Le standing ? Pas besoin d'un endroit trop luxueux, ils voyagent depuis longtemps en mode routard mais disons que je peux choisir un hôtel un peu mieux que mes auberges à dortoirs habituelles. J'en ai repéré un sur le Largo de Pelourinho, juste en face de la maison-musée de Jorge Amado (et pas Adamo, ne surtout pas confondre) donc je pars me renseigner sur les disponibilités. Malheureusement, il est déjà plein mais le patron, un jeune paolista très accueillant, me propose de voir son autre établissement situé un peu plus haut dans la rue. Le bâtiment est un peu vieillot, à moitié en travaux, je suis un peu sceptique mais Ricardo m'affirme qu'il a une chambre qui devrait tout à fait convenir à mes parents. On monte au quatrième étage par un escalier qui ressemble plus a une sorte d 'échelle tellement il est raide et quand il ouvre la porte, s'étend devant moi l'immense Baie de tous les Saints. C'en est presque vertigineux !! J'hésite du fait des travaux, de l'escalier, je visite deux ou trois autres hôtels très biens mais qui n'ont pas cette vue. Mes parents adoreront se réveiller tous les matins avec la mer au pied du lit. Allez je retourne voir Ricardo, c'est signé ! Mission accomplie, j'ai hâte qu'ils voient ça.


 

     Salvador est réputé pour son Carnaval qui fait concurrence à celui de Rio mais également pour ses fêtes tout au long de l'année et comme ma première virée nocturne brésilienne ne m'a pas mené à la musique que j'attendais tant, je compte bien sur ce samedi soir pour y remédier. Après un rapide dîner ao restaurante ao quilo (concept très intéressant qui consiste à se servir à un buffet et à payer son repas en fonction du poids de son plat), je commence à remonter o Largo de Pelourinho qui grimpe vers les rues animées du centre. Là, je m'arrête au stand d'un gars qui fait des cocktails tout en interpellant bruyamment les passants et en blaguant avec ses clients. Je lui commande une caïpirinha et commence à discuter avec lui. Il prépare aussi a nevada composée de cachaça (ou vodka, au choix), de glace, de citron, de sucre et de lait condensé qu'il décore de coulis de fraise après avoir passé le tout au blender. Un délice mais un délice qui peut etre traitre si on en abuse (au cas où vous auriez la bonne idée d'essayer).

    De l'autre côté de la place, il y a un endroit qu'on m'a recommandé, a Praça do Reggae, mais honnêtement, ça ne me dit rien qui vaille. Je m'étais imaginé un lieu plein de rastas à l'ambiance décontractée et enfumée mais en fait, c'est plutôt peuplé de vieux « dreadeux » aux airs patibulaires (mais presque...) et de « crackés » sales et vêtus de fringues en lambeaux. D'ailleurs, dans tout le coin, on ne rencontre que des loques plus que louches qui, sous l'influence du crack ou du pegamento (la colle), donnent l'impression qu'il ne faut pas trop traîner dans les rues sombres et isolées. C'est sûrement pour ça que mon nouveau pote barman garde, planqué dans son stand, un gros gourdin en bois : « pour intimider les badauds à qui il viendrait l'idée de me faire la caisse ou de me piquer des bouteilles, me confirme-t-il. » Après ma caïpi et ma nevada, je lui demande où je pourrais trouver de la samba et il m'indique une rue un peu plus haut, tout en me disant de me méfier des gens et de faire attention à moi. Conseil couramment prodigué en Amérique du Sud mais que, cette fois, je sens qu'il faut prendre un peu plus au sérieux.

     Je remonte la place donc et j'aperçois à une centaine de mètres une foule réunie à un angle de rue, au milieu des vendeurs de brochettes et de cerveja gelada (bière fraîche). En m'approchant, je commence à entendre le rythme entraînant de la samba et quand j'entre dans le bar miteux d'où s'élèvent des effluves de bière et d'urine, je me retrouve enfin devant ce spectacle tant attendu. Uma pagode de samba, une vraie !! Avec tous les musiciens assis en demi-cercle, o pandeiro, le tambourin qui, grâce aux doigts agiles du pandereiro, sublime la rythmique, a cuica, cette petite percu dont la peau est reliée à l'intérieur à une tige en bois que le musicien frotte avec un tissu humide pour donner ce son si spécifique à la musique brésilienne (le cuic-cuic, d'où son nom) ou encore o cavaquinho, cette petite guitare à quatre cordes aux sons aussi aigus que variés et bien sûr, toda a galera qui chante à tue-tête et danse frénétiquement. Ca y est, j'y suis, au cœur de la vague sambeira, à me trémousser comme je peux (c'est pas facile la samba) mais comme un fou, emporté par l'allégresse de cette musique qui me prend de plus en plus les tripes. C'est vrai que le bar n'est pas terrible et qu'on patine sur la bière renversée partout mais je sens bien l'ambiance de quartier comme j'aime, l'authenticité do som et de ses allumés. Par contre, dès que je mets un pied dehors pour fumer une clope ou prendre une bière, on vient immédiatement me demander de l'argent afin d'acheter à manger ou à boire. Des filles aux looks trop excentriques et aguicheurs pour être dignes de confiance (femmes ou hommes ? Prostituées ou appâts pour touristes ?) me font des clins d'oeil ou me passent dans le dos en me caressant le derrière (souvent dans le sens inverse d'ailleurs). Beaucoup trop de décadence au même endroit, de sensation d'insécurité, cela m'intimide comme rarement au cours de mes péripéties latino-américaines. Je crois que le pire, ce sont tous ces enfants qui traînent dans la rue à quémander quelques pièces ou à ramasser les canettes en alu vides qu'ils revendent pour dégringoler encore plus dans la défonce. Et il y en a vraiment un paquet ! La musique est excellente mais au bout d'un moment, j'ai tellement marre de me faire harceler que je décide de rentrer.


 

     Je suis un peu en avance à l'aéroport et j'attends avec impatience devant la porte du hall d'arrivée. Ca fait quatre mois que je n'ai pas vu mes parents et c'est cool de pouvoir passer une dizaine de jours à me balader avec eux. Ca y est, j'aperçois la Moz qui se dirige directement vers moi laissant au Poz le souci de récupérer les bagages. Beijos e abraços, ça fait plaisir de retrouver les bras chaleureux et si familiers du Poz et de la Moz. Enfin de « Robomoz » car elle s'est cassée le scaphoïde et tassée une ou deux vertèbres lombaires en glissant dans la salle de bain et du coup, porte un corset et une attelle plâtrée. En fait, je me suis rendu compte par la suite que j'ai hérité d'une bande de bras cassés : la Robomoz qui, malgré tout, n'a pas perdu une once de sa bonne humeur, le Poz qui a une épaule en vrac, Jeannine une hanche pourrie qu'elle doit se faire changer en rentrant et Zabeth qui est relativement fatigable. Seul Michel est en forme physiquement mais on ne sait jamais ce qu'il peut arriver avec notre cher ami. Mince, c'est qu'ils vieillissent ces cons-là !! On prend le taxi pour rejoindre le centre (ben oui, là, on n'a pas les mêmes soucis d'éternelles économies) et je les amène vers l'hôtel, tout excité de voir leur réaction. Et bien, ça a eu l'effet escompté. Les parents sont emballés par la chambre « les yeux dans l'eau » et dès le lendemain, une chambre se libérera pour que les Baudouin's aient également une vue panoramique. Je suis bien content de pouvoir leur faire plaisir comme ça.


 

     Une fois installé, on part visiter la ville. C'est vrai qu'il est splendide ce quartier de Pelourinho avec ces maisons et ses églises peintes de couleurs vives et variées, ces murs couverts d'azulejos (carreaux typiquement portugais souvent peints en bleu et représentant parfois des scènes religieuses ou de la vie quotidienne), ses rues pavées et ses toits en tuiles. Tant de vestiges de l'époque de gloire de Salvador. En effet, a Baia de Todos os Santos est la première bande de terre où les portugais sont arrivés en 1500. Ils y ont bâti leur premier comptoir en Amérique du Sud et Salvador est devenu la première capitale du Brésil et le restera pendant près de deux siècles. Elle s'est tout de suite développée grâce au commerce négrier et celui de la canne à sucre, d'où la construction de tant d'églises et de maisons bourgeoises. Par la suite, avec le développement de la culture de la canne dans les Caraïbes puis l'abolition de l'esclavage, la ville a subi un profond déclin au profit des villes du sud comme Rio de Janeiro ou Ouro Preto qui se sont émancipées grâce aux minerais de l'état de Minas Gerais. Aujourd'hui, reconnu Patrimoine Mondial de l'Unesco, Salvador est une des destination-phares des touristes venus du monde entier pour admirer les vestiges coloniaux rénovés de cette époque florissante. Et franchement, ça vaut le détour.

     Une fois qu'on en a plein les pattes et les yeux, je les emmène faire une pause ao cravinho (le clou de girofle), un bar mythique où l'on vous sert des « shooters » de cachaça arrangée. Un vrai traquenard ce troquet (j'étais déjà tombé dedans la veille et j'en était sorti à moitié allumé, à quatre heures de l'après-midi) ! Car c'est toujours blindé, qu'on finit toujours par taper la discute avec les voisins de comptoir et que, forcément, ça appelle à une autre tournée. Et ainsi de suite... Et je les connais les parents, ils ne sont pas du genre à se prendre une grosse cuite incontrôlée mais ils aiment bien avoir de fous rires en partie accentués par des vapeurs éthyliques. D'ailleurs, s'il y a bien une chose à laquelle on ne peut échapper, ce sont les petits apéros-caïpirinha tous les soirs.

     Le lendemain, on décide d'aller faire un tour sur la côte, direction a Praia da Barra et son joli phare. Salvador a beau être une grosse ville, les plages, surplombées par de hauts buildings accrochés à la falaise, y sont très belles. Elles sont très fréquentées mais l'ambiance est à la détente. Des vendeurs ambulants proposent des brochettes de fromage saupoudrées d'origan ou de cumin, des noix de coco bien fraîches à déguster à la paille ou des caïpis bien glacées (et oui, on est bien loin des lois d'interdiction de consommer de l'alcool sur les plages françaises). Les surfeurs s'adonnent à leur passion et malgré des vagues ventées et désordonnées mais réussissent à faire des manœuvres de haut niveau sous les yeux de superbes mulâtres en string qui se dorent au soleil. Des gens font leur footing, des groupes de jeunes jonglent habilement avec des ballons de futebol pendant que d 'autres enchaînent les flips et les saltos pour s'entraîner à la capoeira. Cet art martial, originaire de l'état de Bahia et aujourd'hui bien en vogue partout dans le monde, tire ses origines du temps de l'esclavage. Les propriétaires terriens et négriers ayant, par précaution, interdit aux esclaves africains de s'entraîner aux arts de la guerre, ces derniers ont malgré tout entretenu leurs capacités de combat en les dissimulant derrière cette activité physique pouvant faire penser à une sorte de danse. Les participants forment uma roda (une ronde) et entrent à tour de rôle dans le cercle afin de s'affronter en face à face. Les combattants font une démonstration de leur agilité acrobatique sans ne jamais porter les coups tout en suivant le rythme imposé par les chants et le trio percussion-pandeiro-berimbau (instrument composé d'un arc et d'une calebasse qu'on fait sonner en tapotant la corde avec une tige en bois, grosso modo). D'ailleurs, on voit des rodas un peu partout dans les rues de la ville et je passerai des heures à les regarder mais dès qu'on s'arrête devant le groupe, ils viennent immédiatement nous demander de l'argent ou essayer de nous vendre leur disque. Ca peut se comprendre mais c'est systématique et ça devient franchement très chiant. Le midi, on s'arrête ao Barravento pour déguster les spécialités bahianaises comme la vatapa ou la moqueca, des plats epices a bases, emtre autres, de poisson ou de fruits de mer, de manioc, de lait de coco et d'huile de dende. Un vrai délice !!!


 

     Le mardi, on embarque sur un beau bateau pour une petite balade dans la baie. Au programme, samba à bord, caïpirinhas (encore et toujours...) et escales sur quelques îles pour profiter de plages paradisiaques. Quand on étaient gamins, les vacances, c'était plutôt randos et visites et il fallait qu'on quémande pour bénéficier de ce genre de tour détente. Et bien là, ce n'est même pas moi qui l'ai suggéré et c'était une très bonne idée parce que ça fait du bien de s'étaler sur le sable ou de poursuivre des sèches et les sirènes avec mon appareil aquatique (héhéhé).

     Comme je le disais un peu plus haut, Salvador est reconnu mondialement pour son carnaval vif en couleur et en influence africaine. Contrairement à Rio où la majorité des festivités se déroulent dans le Sambodromo (et l'entree coûte un bras), le Carnaval de Bahia se passe dans la rue et est gratuit. Les gens se déguisent et défilent en suivant des groupes de tambours monumentaux qui avec le temps sont devenus de véritables icônes, à l'image de Olodum qui a même participé à un clip de Mickael Jackson. Du coup, ils s'entraînent toute l'année et notamment, tous les mardis soirs. La soirée commence par un concert au pied d'un long et large escalier sur lequel une foule impressionnante s'assoit ou danse puis touristes et locaux remontent les rues de Pelourinho en reproduisant des chorégraphies plus ou moins improvisées au son des percussions. Un échantillon de Carnaval à savourer une fois par semaine. Alors que la soirée est en pleine effervescence et que du coup, on est tous un peu éparpillés dans cette marée humaine, la Moz aperçoit Michel, qui ne parle pas un mot de portugais, discuter avec un machot-borgne. Finalement, ce dernier lui fait une grande accolade. « Mince, Michel se fait faire les poches », me dit-elle. Et elle n'avait pas tord. Plus de porte-feuille. Mais comment il a pu faire ? Et bien, c'est simple, il a fait diversion pendant qu'un autre s'est chargé du boulot. En tout cas, leur soirée a été plutôt fructueuse puisqu'il ont récupéré aux alentours de 500 reais !! On ne sort pas avec autant d'argent sur soi Michel ! Seja bemvindo no Brasil !!



Publié à 09:28, le 17/05/2012, Salvador de Bahia
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Manaus et les dauphins roses du Rio Negro

     Lorsque les hamacs sont décrochés et les affaires réunies, les potes baroudeurs se retrouvent sur le pont supérieur le temps que le bateau fasse les manoeuvres d'accostage. "A quel hôtel vous allez ? - Ben, on sait pas et vous ?" Personne ne sait vraiment où il va poser ses valises et à priori, personne n'a envie de se retrouver tout seul dans son coin. On décide donc de chercher un hôtel pour toute la bande et un couple de russes bien sympas Mika et Yana se joint à nous. Déjà que pour déplacer un groupe on va dire "normal", ce n'est pas évident mais alors un groupe de voyageurs solitaires (ou presque), ça devient encore plus compliqué. Chacun a sa façon d'opérer en terrain inconnu et chacun y va de sa proposition. On se met d'accord pour se rendre à l'Opéra qui semble être la place la plus centrale et de là, chercher un endroit qui nous accèpte tous et au tarif qu'on veut. On sort du terminal fluvial et une longue queue de taxis nous attend déjà. On en prend trois pour trimbaler tout le monde, à quinze Reais la course (8 euros grosso modo). Ca nous semble cher mais on a tous entendu dire que le Brésil est plus cher que le Pérou ou la Colombie d'où nous arrivons. Par contre, on sent qu'on s'est bien fait arnaqué quand ils nous déposent après un trajet de deux minutes environ soit cinq cent mètres avec deux feux rouges. Comme d'habitude, ils ont abusé des pauvres petits touristes naïfs qui débarquent dans le pays. Comme personne n'arrive à se mettre d'accord sur la direction à prendre, on se divise en plusieurs groupes, un qui garde les sacs et d'autres qui vont rayonner dans le quartier. Après une demi-heure de prospection, la meilleure option est un hôtel type auberge de jeunesse qui a de la place pour tous et au prix qu'on recherche. Enfin, une douche normale sans l'eau marron du fleuve, un lit qui n'est pas tendu entre deux cordes, un endroit où laver notre linge poisseux de transpiration et de l'humidité ambiante. Tout le monde est content de pouvoir poser son sac dans un endroit convivial et confortable avant de reprendre sa route. Pour ma part, je dois attendre trois jours mon vol pour Salvador de Bahia pendant que certains s'envolent vers Fortaleza ou Rio de Janeiro et d'autres reprennent le bateau vers Belém. Quoiqu'il en soit, on est tous ensemble pour profiter de ces quelques jours.

 
     Ayant déjà un peu roulé notre bosse et notamment en Amazonie, on a tous fait le tour classique dans la jungle qui nous est proposé dans tous les sites touristiques de la région et on n'a pas vraiment envie de le refaire. On cherche quelque chose de plus original et de plus abordable. Aline, la charmante (je dirais plutôt la somptueuse) réceptionniste de l'hôtel nous propose une balade d'une journée pour aller nager avec les dauphins roses. Il est assez courant d'en apercevoir mais là, il semblerait qu'on va pouvoir réellement se mettre à l'eau, nager avec eux, voire les toucher et ça, ça emballe tout le monde.
     Tôt le lendemain matin, une camionette vient nous chercher et nous amène au port où une barque nous attend. On s'éloigne du trafic fluvial intense autour du plus grand port de l'Amazonie puis on quitte le Rio Amazonas pour évoluer sur le Rio Negro. Une des premières choses qui me suprend, ce sont toutes ces superbes plages de sable blanc qui bordent les eaux noires du fleuve. Enfin noires !! Aujourd'hui, avec le grand ciel bleu qui se reflète sur la surface, on se croirait plutôt dans les Caraïbes et avec les îles éparpillées partout, j'ai l'impression de revivre notre arrivée dans les îles San Blas au Panama, il y a quelques années en arrière. C'est vrai que là où il y a du fond (il y a jusqu'à 90 mètres de profondeur sur le Rio Negro !), l'eau est vraiment noire mais sur la plage où l'on accoste, la clareté du sable fin la rend plutôt couleur sang ou thé rouge (tu vois de quoi je parle le Poz, non ?).
     On est accueilli par la famille qui vit dans ce petit paradis (si on considère que vivre isolés, à quelques heures de bateau de la civilisation, au milieu de l'impressionnante forêt amazonienne est un paradis). Maël et moi, on ne peut pas attendre tellement l'eau est chaude donc on s'y jette dès que le moteur est à l'arrêt et déjà, on aperçoit un ou deux ailerons dorsaux roses percer la surface à une centaine de mètres du rivage. Le père de la famille s'approche avec un seau rempli de poissons et dès qu'il tapote l'eau de la main, les dauphins s'approchent et se faufilent au milieu du groupe, nous surprenant en apparaissant juste à nos côtés ou nous effleurant les mollets avec leur peau lisse. Tour à tour, on leur donne un poisson pour les voir sauter devant nous et attraper leur nourriture avec leur long bec (un mais pas plus, il ne faut pas abuser du "pink dolphin feeding"). On reste deux heures à jouer avec eux et à les observer avec les masques. Ma seule déception est de n'avoir pu me laisser tracter par l'un d'eux en m'accrochant à son aileron mais je crois que ça, c'est que dans Flipper que ça marche. Après cette belle rencontre, on est rentré à Manaus, heureux comme des enfants, émerveillés par la balade et cette expérience magique de jouer avec les dauphins roses d'Amazonie.
 
 
     Mercredi soir mais apparemment, c'est le début des festivités du week-end et on sent une émulsion festive monter à l'idée de faire notre première soirée au Brésil. On part acheter de la cachaça (le rhum blanc brésilien indispensable à la confection de la caïpirinha) et des maracujà, histoire de se préparer quelques bons cocktails avant de partir em balada. On se renseigne auprès d'Aline, la magnifique, qui nous conseille d'aller au Porão de Alemão, le lieu où tout le monde va le mercredi soir. Les motivés sont Maël et Lesly les deux français, Paco le portugais, le couple de russes et moi bien sûr. On prend un taxi et quand on arrive devant la boîte, il y a effectivement une longue queue de noctambules impatients d'entrer se défouler sur...du hard rock. Ouais, nous aussi, on est plutôt surpris, on s'attendait plus à une ambiance samba ou à un truc dans le genre qu'à du Guns'N'Roses ou du AC/DC. On hésite un peu mais après tout, on est là maintenant alors on va voir ce que va donner. On s'installe dans la file et à ce moment, Lesly qui était malade depuis quelques jours mais voulait à tout prix faire la fête, nous fait un malaise, au bord de l'évanouissement. C'est l'excuse tant attendue par Yana pour se défiler et elle repartent toutes les deux vers l'hôtel. Nous voilà donc entre mecs au guichet de la boîte bondée.
     Quand je dis bondée, c'est un euphémisme !! Il faut jouer des épaules pour avancer vers le bar et commander les caïpis. On progresse comme on peut et là, c'est comme si toutes les têtes (féminines du moins) se tournaient à notre passage, nous saluaient d'un grand sourire et nous invitaient à boire avec elles. Toutes, peut-être pas mais comme si !!! D'ailleurs, ça fait bizarre, on se sent même intimidé ! On s'approche de la scène en feignant ne se rendre compte de rien et très vite, je me retrouve coincé,à ne plus pouvoir bouger, nez à nez, la poitrine collée contre celle d'une jeune fille, loin d'être laide mais disons pas trop dans mes goûts. Elle me fait de grands sourires et les yeux doux simultanément mais j'arrive à m'écarter sans donner non plus l'impression de fuir. Les potes avancent donc je les suis en la saluant d'un sourire. On arrive finalement devant le concert qui vient juste de commencer par des reprises de Red Hot Chili Peppers. On se sert tous dans les bras, on saute partout, émoussés par l'ambiance survoltée qui règne dans le bar. Quelques minutes plus tard, je vois se faufiler vers moi la fille de tout à l'heure qui se replace juste devant moi, sa poitrine opulente contre la mienne. Elle m'enlace en feignant danser et d'un mouvement cervical d'une rare agilité et vélocité, elle m'attrappe la bouche par surprise et m'embrasse goulûment sans somation. Elle me relâche de ses griffes et me dit droit dans les yeux : "Je reviens tout de suite, ne bouges pas." Dès qu'elle a le dos tourné, j'entraîne les potes amusés par ma détresse un peu plus loin dans la foule. On est hors de vue, je me remets à danser et à m'éclater sur les très bonnes reprises de System Of A Down qui suivent. Au-dessus de nous, dans les balcons VIP, je remarque une très jolie fille qui chante à tue-tête. Nos regards se croisent, elle me sourit, je lui souris et elle me signe de monter la rejoindre. Là, je n'hésite pas une seconde, je préviens les autres, je bouscule tout le monde pour atteindre les escaliers mais le vigil me barre la route. J'essaie de lui expliquer comme je peux et elle apparaît derrière lui pour lui demandé de me laisser passer. "Oi, meu nome é Paco. - Muito prazer Paco, eu so Karen." Elle m'entraîne vers le fond, me sert un verre de vodka et on commence à papoter. En fait, ça n'a pas du tout coller, on n'avait plus rien à se dire au bout de cinq minutes. Mais heureusement, mon pote Maël qui avait suivi à pris la relève et c'est la copine de Karen qui est venue me parler et avec qui ça a bien plus marcher.
     En fin de compte, ce n'était pas trop le type de musique à laquelle je m'attendais pour ma première soirée brésilienne mais au moins, on s'est bien amusé et ça nous a donné un petit aperçu de la chaleur des brésiliens et de leur grand sens de l'accueil. Ca promet pour la suite.
 
 
     Le lendemain, après m'être levé avec uma puta ressaca (une p****n de gueule de bois, ndlr), j'ai retrouvé Daiana qui m'a guidé dans les rues de Manaus pour connaître un peu mieux sa ville. Honnêtement, elle ne présente que peu d'intérêt (je parle de la ville bien sûr) puisque il y a surtout de hauts building sales séparés de bruyantes avenues au trafic infernal sans vraiment de bâtiment historique. Toutefois, elle est quand même moins dangereuse et moins sale que l'idée que j'en avais ou que les autres villes que j'ai vu dans le bassin amazonien (il faut se méfier tout de même apparemment). Ca a été pour moi une bonne occasion de pratiquer mon portugais encore très limité mais ça m'a demandé tellement d'effort de réflexion qu'en fin d'après-midi, en rentrant à l'hôtel, j'étais exténué mentalement.
 
     Le vendredi matin, je monte dans le pick-up pour accompagner les amis au bateau. Une bonne partie du groupe continue le voyage sur le fleuve jusqu'à Belém. Les adieux sont émouvants, personne n'a envie que la bande se dissolve mais c'est le jeu du voyage en solitaire, on fait de belles rencontres, des amitiés se créent et chacun finit par partir sur son propre chemin, la tête pleine de bons souvenirs partagés avec des gens qu'on a apprécié. Et je crois que cette fois, ces souvenirs resteront gravés pour longtemps.
     Ce soir, je prends l'avion pour Salvador de Bahia. Dans quatre jours, on sera le 26 avril 2011 et il faut que je prépare l'arrivée de mes parents et de leurs amis. Ca va faire du bien de revoir la famille.


Publié à 17:36, le 4/03/2012, Manaus
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Croisière sur l'Amazone

     On a décollé de Bogotá sous les nuages et on les survole depuis sans voir une parcelle de terre. Au bout d'une petite heure, on commence à apercevoir l'immensité végétale de la forêt amazonienne à travers la masse nuageuse moins dense puis les méandres de fleuve qui s'étendent jusqu'à l'horizon. L'avion amorce sa descente, se rapproche peu à peu de la cime des arbres hauts de plusieurs dizaines de mètres jusqu'à les frôler et provoquer l'envol de colonies entières d'oiseaux colorés et finalement se poser sur la courte piste d'atterrissage de l'aéroport de Leticia (ça, c'est du freinage !!). Cette petite ville colombienne perdue au milieu de l'Amazonie et accessible uniquement par avion ou par bateau, se trouve à la frontière avec le Brésil et le Pérou, à un endroit qu'on appelle étonnament Tres Fronteras. Ce sera là ma porte d'entrée vers ce nouveau monde que je suis impatient de découvrir : le Brésil !!

     A priori, la vie est moins chère en Colombie donc je décide de rester de ce côté-ci de la frontière et je m'installe dans une petite chambre avec un balcon auquel je peux accrocher mon hamac pour la sieste. Je vais rester ici le temps d'organiser mon voyage en bateau jusqu'à Manaús. Une fois le sac posé, les claquettes et le short enfilés et le hamac tendu, je me dirige vers la frontière pour me renseigner sur les jours et horaires de départ et les formalités d'immigration mais également pour me faire une première petite impression de ce pays dont on m'a tant parlé. Et bien, honnêtement, je n'ai pas été ébloui du premier coup : les rues sont plus sales, c'est plus le bordel
, c'est moins joli, les gens moins accueillants, moins souriants,... bref, je ne suis pas emballé et je suis bien content d'être resté du côté colombien. Cela dit, il est difficile de se faire une idée sur tout un pays en ne se basant que sur une ville frontalière et, de plus, paumée au fin fond de la jungle. Apparemment, il y a un bateau qui part le lendemain donc si je veux le prendre, il faudrait que je fasse tous les préparatifs à la hâte et là, franchement, j'ai la flême !! Je vais plutôt prendre mon temps et attendre tranquillement dans mon hamac le prochain bateau qui part dans trois jours.

     Je ne peux pas franchir cette étape comme ça, à la va-vite, sans prendre un petit temps de réflexion. Déjà, j'ai toujours un léger pincement au coeur quand je quitte la Colombie et là d'autant plus qu'il n'est pas prévu que je revienne par ici avant un bon moment. En plus, j'ai comme un sentiment de mission non accomplie ou de besoin non assouvi plutôt, comme si, ce voyage ne m'avait pas apporté ce que j'attendais de lui. Bien sûr, la Colombie a changé et change à toute vitesse mais ça reste un pays magnifique peuplé de gens magnifiques. Alors, d'où vient le problème, pourquoi il y a des sensations que je n'ai pas ressenti comme il y a quatre ou cinq ans et qui m'ont tellement manqué ? C'est peut-être moi qui ai changé, peut-être qu'on ne perçoit ou qu'on ne vit pas les choses de la même façon à trente ans qu'à vingt-cinq ? Toujours est-il, que pendant ce séjour, je me suis senti plus sauvage, moins ouvert à rencontrer des nouvelles personnes surtout quand je sais que ce n'est que pour quelques jours. Le milieu "backpacker" m'attire moins qu'avant sûrement parce que le tourisme m'intéresse moins qu'avant. J'ai moins envie de visiter des villes ou des monuments par exemple mais je crois surtout que j'ai de plus en plus de mal à m'assimiler à un touriste. Je ne suis pas ici pour visiter la Colombie ou connaître les colombiens, quand je marche sur cette terre, j'ai envie d'être colombien !! Alors finit la Colombie ! En tout cas, pour des vacances comme ça. Si je reviens un jour dans ces contrées qui me sont tellement chères, ce sera pour y poser mes valises et y vivre comme un colombien.
     Et puis, de l'autre côté, c'est le Brésil tout de même !! Cette immensité inconnue à la culture bien singulière, à la langue si particulière et aux rythmes musicaux si variés. Plus qu'une appréhension, c'est une certaine pression que je ressens. Ca fait longtemps que je ne me suis pas retrouvé dans un pays dont je ne parle pas la langue locale et il va falloir que je m'y mette rapidement. De plus, c'est tellement grand, par où commencer, qu'est-ce qu'il ne faut surtout pas rater, comment se déplacer sans trop de dépenser,... pleins de questions dont les réponses doivent être dans le Lonely Planet que je n'ai pas encore ouvert mais ce n'est pas dans mes habitudes d'y jeter un oeil avant d'y être. Et la musique ! Je suis à fond dans mes rythmes salsa mais est-ce que je vais accrocher autant aux rythmes plus samba ? Disons que jusqu'ici, j'évoluais dans un milieu qui m'est très familier et il va falloir maintenant que je reprenne tout à zéro (enfin presque). C'est pourquoi j'ai besoin de prendre quelques jours pour me préparer mentalement à rentrer dans la peau d'un brésilien.

     Trois jours à ne rien faire ! Pas de visite de musée ou de zoo, pas de balade en forêt, presque pas de bringue. A part quelques allées et venues dans le centre pour manger, faire des lessives et internet, j'ai passé des heures entières dans le hamac. Facile quand on a un bon livre, un peu d'herbe et des années de sommeil en retard. En plus, la saison des pluies a commencé et dès qu'on sent une petite goutte, il faut se dépêcher de trouver un abri sous peine d'être trempé jusqu'aux os en moins de dix secondes.
     Il m'est tout de même arrivé un truc marrant que je suis pas près d'oublier, une expérience assez insolite. Un soir, je sirote une caïpirinha maracuyá assis à la terrasse d'un restaurant et je vois le serveur qui s'approche de la table de mes voisins avec un grand bocal en verre entre les mains. Il en plonge une dans la sciure qui tapisse le fond du récipient et en sort un gros verre blanc visqueux avec une toute petite tête noire. Curieux, je m'avance vers eux pour regarder cette bestiole hideuse se déplacer dégueulassement sur la table en tortillant son corps comme un accordéon. C'est la spécialité locale, le mojojoï, qui se déguste en brochette, fourrée au fromage ou comme ça, vivant. C'est le bonbon des enfants qui les trouvent sous les souches d'arbres. Comme nous l'explique le serveur amusé par notre dégoût, il faut "décapsuler" la tête avec un coup de pouce (comme les TicTac) pour d'abord sucer l'huile qu'il y a dedans puis manger le corps
gluant. Un délice apparemment... "Quieres probar ? Euuuuh, pas maintenant merci !". C'est vrai que je suis un peu resté sur ma fin après l'épisode des hormigas culonas de San Gil mais là, tout de suite, j'peux pas. Les jours suivants, ça n'a pas cesser de me trotter dans la tête. Moi aussi, au cours de mes voyages, j'aime bien me lancer des défis à la con comme dans Pékin Express ou dans Koh-Lanta (je dis ça, j'ai quasiment jamais vu ni l'un, ni l'autre). Finalement, la veille du départ, je prends mon courage à deux mains et je m'assis de nouveau à la terrasse du resto. Le serveur me reconnaît et se dirige vers moi avec un grand sourire. "Mojojoï ? - "Attends un peu, une caïpi d'abord, faut que je réfléchisse encore... Crus y'a pas moyen, en brochette ou fourrés au fromage ?". Bon ! Je me décide pour les fourrés mais j'ai regretté par la suite parce que je n'ai pas vraiment senti le goût du ver, juste une texture bizarre, comme manger du fromage fondu enroulé dans de la peau de pomme mais en plus dure et plus élastique (ou du calamar très fin mais plus résistant). La tête ne présente pas grand intérêt, c'est tout croustillant et ça n'a aucune saveur. Je pourrais donc barrer "Manger des vers dégueux" dans ma liste de "Conneries à faire à tout prix dans ma vie" mais on ne peux pas dire que je sache vraiment quel goût ça a.

     Ca y est, le grand jour est arrivé. Hier, je suis déjà venu à Tabatinga acheter mon billet et remplir les formalités d'immigration (j'ai un visa brésilien pour quatre-vingt-dix jour !) en baragouinant une espèce de portugais qui ressemble plus pour le moment à de l'espagnol auquel je rajoute des -çao, des você et du -inho à la place du -ito (genre Paquinho à la place de Paquito). Donc je suis en règle. Le moto taxi me dépose au terminal fluvial et tout de suite, un policier, physiquement plus proche du G.I. que du garde champêtre de Locmaria, me demande de poser mes affaires au bout de la rangée de bagages alignés au milieu du hall. Chaque sac est ouvert et consciencieusement reniflé par un splendide Golden Retriever. On nous pose des questions et on est fouillé, toujours par de grosses baraques qui, tout en étant courtois, n'ont pas l'air d'être là pour rigoler. Il faut dire qu'on se trouve à la fois à la frontiEre du second producteur de cocaïne au monde et du premier distributeur donc il est compréhensible qu'ils mettent plus de coeur à l'ouvrage (si on peut dire).
     On finit par se diriger vers les quais et vers notre maison pour les quatres jours à venir. Les bateaux de transport de passager font en général une trentaine de mètre de long et trois ponts de hauteur : deux pour les hamacs et le pont supérieur pour le bar-cafétéria et la grande terrasse pour prendre l'air. En montant à bord, la première chose à faire est de trouver une bonne place : loin du moteur pour le bruit et loin des toilettes pour l'odeur. Une fois tout le monde installé, il n'y a plus la moindre place pour un hamac (remarque, arrivé à ce point-là, y'a sûrement moyen d'en caser un autre). Quand je reviens au mien, je suis cerné par une dame et son fils suspendus l'un au-dessus de l'autre et un gros poilu tout transpirant. Quand on est tous couchés, il est difficile de se retourner sans bousculer un de ses voisins. On est loin du confort cinq étoiles mais c'est une des choses qui m'éclatent dans le voyage (merci les parents de nous avoir fait connaître les pires toilettes du Pérou ou les crématoriums en plein air de Kathmandu dès notre plus jeune âge, c'est comme si j'avais besoin de vivre ce genre d'expérience pour ressentir à nouveau la sensation d'aventure de cette époque).
     On avait déjà fait une croisière sur l'Amazone avec mon frangin Fred et on en garde un très bon souvenir.  Au début, personne ne se connaît et on salue juste poliment les gens alentours. Peu A peu, les discussions commencent et s'alimentent et le lendemain, au réveil, on se dit bonjour avec de grands sourires complices ou des tapes amicales sur l'épaule. En général, il y a peu de touristes ce qui facilite d'autant plus les rencontres, les échanges et comme les bateaux s'arrêtent dans pleins de villages isolés, on vit au rythme des gens du fleuve. C'est une expérience des plus enrichissantes.

     Rapidement, je sympathise avec un autre Paco, un portugais quadrilingue qui voyage depuis 3 ans et avec Carlos, un retraité de la marine marchande péruvienne qui a tout laissé là-bas pour rejoindre l'Afrique puis l'Europe. Au fil des journées animées par les repas au réfectoire, les siestes ou les pauses lecture dans le hamac et les conversations sur le pont supérieur se forme une petite bande de potes voyageurs. Il y a Lesly et Maël, deux français partis du Chili pour rejoindre la Guyane Française, Fabrice, autre français, venu vivre l'expérience mystique et hallucinogène de l'Ayahuasca et Federico et Gino, un colombien et un allemand qui sont devenus potes comme cul et chemise en Colombie et voyage ensemble depuis sans destination précise. Sur la terrasse, à profiter du soleil et de l'air frais (disons moins chaud et lourd qu'au niveau des hamacs), on rigole bien, chacun y va de ses anecdotes de baroudeur, on partage nos avis sur les mêmes endroits qu'on a visité, on se donne des conseils pour la suite et le soir, on se réunit autour de quelques bières pour s'affronter au cours de féroces parties de UNO en fumant des cigares cubains.
      A côté de ça, je passe aussi beaucoup de temps à échanger avec les brésiliens. Progressivement, je saisis les similitudes et les divergences que le portugais peut avoir avec le français, l'espagnol ou l'italien. "Tiens c'est le même mot qu'en espagnol mais c'est juste la prononciation qui est différente : le "r" se dit comme en français au début et en fin de mot et roulé comme en espagnol au milieu du mot ou derrière une consonne." - "Les mots "llegar", "llorar" ou encore "llamar" se disent "chegar", "chorar" et "chamar"." - "Ma maison se dit "a minha casa", ça ressemble plus à "la mia casa" de l'italien qu'à "mi casa" de l'espagnol." Petit à petit, je me crée des règles, des raccourcis et des moyens mémotechniques. Bien sûr, je m'aide du lexique du Lonely Planet, des connaissances de Paco qui parle très bien français mais aussi en lisant ce qui est écrit partout et en écoutant les gens parler pour m'imprégner du flow dansant de cette langue qui me charme de plus en plus. Au fur et à mesure que je progresse, mon oreille s'adapte au nombreux nouveaux sons que j'entends, ma prononciation se transforme et mes phrases ne se constituent plus de mots inventés mais d'un assemblage de mots espagnols et portugais. Au bout des quatre jours, j'arrive à comprendre et à me faire comprendre. Bon début !!

      J'adore ces croisières sur l'Amazone !! On n'a pas les transats mais les hamacs, on n'a pas la piscine mais de superbes douches en ferraille d'où sort l'eau marron du fleuve, on n'a pas le buffet du chef mais de copieuses assiettes composées de viande ou de poulet en sauce, de riz, de feijao (des haricots, en général noirs) et de farofa (une farine de manioc que les brésiliens mettent dans tous leurs plats) et on n'a pas de discothèque mais un bar où on peut déguster une bonne SKOL au son de la samba ou du forró. En plus, comme il n'y a rien à faire de ces longues journées, on a tout le temps de se reposer, de bouquiner ou de rêvasser en regardant les arbres immenses défiler au bord de l'eau.
      Quand on s'arrête dans les villages (voire des villes parfois), on en profite pour poser le pied sur la terre ferme et acheter des fruits ou des clopes ou manger une des brochettes qui fument sur le port. C'est aussi l'occasion de s'approcher un peu plus de ce que peut être la vie dans une de ces communautés pour qui le fleuve est le seul moyen de communication avec le monde extérieur. Enfin, le seul ! Il y a quand même des paraboles sur toutes les baraques et des portables accrochés à chaque oreille. Souvent, ce n'est pas très propre, entre les rues en terre qui se transforme facilement en boue et les ordures qui jonchent les rives du fleuve. Les habitations faites de planches de bois sont assez précaires et très souvent sur pilotis ce qui présume de possibles inondations. Au premier abord, ce n'est pas très attirant mais je n'ai jamais pris le temps non plus de rester quelques jours et d'aller voir plus loin que le port. Une prochaine fois...
      Du point de vue paysage, c'est assez répétitif, le fleuve marron bordé d'arbres de toutes tailles et tous types et du point de vue faune (on me pose souvent la question), à part les oiseaux qui s'envolent au bruit du moteur, on ne voit pas grand chose. Mais ce n'est pas ça que je regarde pendant les longues minutes que je peux passer accoudé au bastinguage, j'essaie de pénétrer ce rempart infranchissable de végétation et d'imaginer toutes les fabuleuses scènes de la nature qui s'y déroulent, comme on peut le voir dans les reportages de programmes animaliers.

      En venant au Brésil, je m'étais fait une remarque. Ayant l'habitude de promener mes palmes sur la côte ouest de l'Amérique du Sud, il y a un rituel que j'affectionne particulièrement, celui d'admirer chaque soir le coucher de soleil sur la mer. Comme les côtes brésiliennes sont plutôt orientées vers l'est, je me disais que c'était fini, pour un temps du moins. Et bien je me trompais ! Sur le bateau comme sur les plages du Pacifique, tout le monde monte sur le pont chaque soir pour profiter de ce moment fabuleux. Quand le soleil disparaît derrière les sombres nuages, le ciel se teint de bleus, jaunes, oranges, roses et toute cette palette de couleurs se reflète sur le fleuve lisse comme un miroir. Les tons changent, évoluent et quand il finit par plonger dans la forêt, tout le décor autour de nous se peint en rose... MAGIQUE !!! Et bien contre toute attente, c'est peut-être sur l'Amazone que j'ai vu les plus beaux couchers de soleil de ma vie.

      Au matin du quatrième jour, tous les passagers se penchent au-dessus de l'eau pour voir ce phénomène curieux et qui annonce notre arrivée proche, O encontro das Aguas ( la rencontre des eaux, tdlr). A hauteur de Manaús, le Rio Amazonas (marron) et le Rio Negro (noir) se rencontrent et sur plusieurs kilomètres, leurs eaux ne se mélangent pas tout de suite ce qui fait qu'on voit distinctement la séparation entre les deux fleuves. Quelques minutes plus tard, chacun commence à réunir ses affaires ou à décrocher son hamac. Au loin, on aperçoit déjà les hautes tours des immeubles de cette mégalopole de deux millions d'habitants en plein coeur de la forêt amazonienne. Fini le grand air, retour vers la civilisation. C'est aussi le moment de voir à quoi ça ressemble, le Brésil...



Publié à 02:37, le 25/01/2012, Léticia
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