El trotamundo
Après de nombreux voyages en Amérique du Sud principalement, je me suis enfin décidé à partir avec un aller simple et pour une durée indéterminée. On verra où le voyage me mènera, ce que les rencontres me feront découvrir, quels sont les endroits qui me fascineront,... l'idée étant de pouvoir saisir toutes les opportunités qui se présenteront à moi dans les mois à venir....

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"Cuba, el pais donde un pedazo de mi corazon quedo" II

     Je rentre à La Habana pour le premier anniversaire de Nino mais également pour son départ et celui de ses parents. C'est une  bonne occasion de revoir toutes les personnes qu'on m'a présentées, comme dans la présentation des acteurs à la fin d'une pièce de théâtre. J'en ai vu tellement passées dans la maison que je ne me souviens même pas de tout le monde et encore moins des prénoms. Malgré cela, c'est toujours des accolades et de la  rigolade. Katell m'a prévenu qu'elle n'aime pas les départs de Cuba parce qu'il y a toujours beaucoup de monde et que chacun y va de sa petite larme. Je reste un peu à l'écart, conscient de la solennité de l'instant et avant que Kat ne s'engouffre dans la voiture, je la prends dans mes bras et je lui dis : "Tu vas me manquer ma petite Kat." Elle éclate en sanglot en me disant : "Eres mi yunta Paco." Oh la conne ! Elle a failli me faire fondre aussi mais j'ai réussi à retenir cette boule qui me remontait dans la gorge. Mi yunta pour les cubains, c'est le meilleur pote, l'ami pour toujours. En traduisant littéralement, cela désigne l'objet qui relie les deux boeufs à la charrue  (nous, c'est les vieilles charrues qui nous lient). En partant de France, j'ai dit au revoir à tout le monde et avec Kat, on se disait : "A plus, à CUBA !!!!!!" Et bien, cette fois, quand on se reverra ? Peut-être dans bien longtemps...
 
     Ca m'embête de laisser Abuela et Felicia, déjà tristes du départ de leur progéniture mais il ne me reste plus que quatre jours pour connaître un peu mieux la province. Je retourne chez Viazul et monte dans le bus pour el Valle de Viñales et le pays du tabac. Fatigué de ce long week-end, je m'endors avant même d'être sorti du terminal et quand j'ouvre les yeux, à quelques kilomètres de l'arrivée, un paysage époustouflant ! Je referme les yeux, je ne veux pas voir ça de cette manière, à pleine vitesse, à travers la vitre fumée du bus.
     On m'avait recommandé une Casa Particular et j'ai donc réservé la veille par téléphone. A la descente du bus, une jeune femme m'attend et me conduit à travers cette jolie petite ville aux grandes avenues bordées de maisons colorées. On emprunte un chemin de terre entre des bananiers qui nous conduit à une petite ferme entourée de champs de tabac et au pied des majestueux mogotes. Je suis reçu par Ricardo et Maria dans une agréable maison cossue et bien confortable. Mes hôtes sont fort sympathiques et Ricardo, un vieux cigare machouillé au coin du bec, me prend par les épaules et m'amène sur la terrasse. "Si tu veux, je peux t'emmener faire une balade à cheval entre les mogotes et après, je te montrerai comment on fabrique les cigares. Sinon au menu, c'est porc poisson ou langouste." Je sens que je vais me plaire ici.
     Avant toute chose, je souhaiterais revoir le panorama que j'ai aperçu de la route. "Je peux te prêter mon vélo si tu veux." Malgré le soleil de plomb et le fait que je n'aime pas du tout pédaler - et encore moins en côte -, l'effort valait le coup d'être fait. Les mogotes sont des formations géologiques calcaires, à la forme arrondie, endémiques aux Caraïbes et plus particulièrement Cuba et Puerto Rico, qui s'élèvent au milieu d'une plaine couverte de champs de tabac et de palmiers immenses. Honnêtement, c'est un des plus beaux paysages qu'il m'est été amené de voir. Je suis resté une bonne demi-heure sans bouger à le contempler, heureux d'être là, rafraîchi par la brise légère, et  conscient du privilège de vivre cet instant. Après ce doux moment de rêvasserie, je retrouve Ricardo qui a déjà seller les chevaux. Le chapeau sur la tête et toujours le cigare à la bouche, il m'en tend un pour la balade. "En partant, tu pourras en acheter mais tant que tu es chez moi, tu peux en fumer autant que tu veux." On enfourche les chevaux pour parcourir les ribines qui se faufilent entre les champs (c'est un peu un pléonasme mais c'est pour les non-bretons). Après les avoir vues d'en haut, me voilà à leurs pieds à galoper, le cigare entre les dents. Avant de rentrer, alors que le soleil commence à se coucher dans un ciel orange, Ricardo m'emmène chez son cousin mais pas par la route officielle, par de petits chemins bien cachés au milieu des plants de café. On attache les chevaux au tronc des caféiers, près d'un grillage par-dessus lequel il jète deux grands sacs en toile de jute. On entre dans la maison, on me dit de m'assoir et d'attendre là. Ca sent le negocio (business en espagnol). Quand ils reviennent, on discute cinq minutes (le cousin trouve le temps de m'inviter à revenir quand je veux, j'ai une autre maison ici) et on retourne vers nos chevaux. Maintenant les sacs sont bien remplis et sacrément lourds. En fait, le cousin travaille à l'abattoir et lui refile de la viande de porc désossée et à un meilleur prix contre un quelconque autre service. La lucha de cada dia.
     Avant de dîner, je vais me balader vers la petite place de l'église et sur la vitrine d'une agence de voyage, je vois une annonce pour une journée de plongée à Maria La Gorda, un des spots les plus fameux de Cuba pour lequel on m'avait dit qu'il fallait une journée entière de trajet aller. C'est un peu cher, je vais vraiment être juste (et je ne peux pas retirer d'argent ici) et surtout, j'avais prévu de repartir le lendemain après-midi. Je recompte bien mes sous et réfléchi comment je peux m'organiser, je ne peux pas passer à côté d'une telle occasion. Allez ! Je change mon billet retour pour le surlendemain, j'avertis Maria et Abuela que je reste une nuit de plus à Viñales et je réserve le tour, tout excité par cette plongée "improvisée".
     A six heures du matin, je pars à la recherche de mon bus dans la pénombre de cette nuit fraîche (c'est vrai que je n'ai pas parlé de cela, il fait plutôt frisquet la nuit. L'hiver est plus marqué à Cuba - on est plus au nord - et il est même arrivé que la température descende jusqu'à sept degrés à La Habana. Dur, dur quand on n'a pas de chauffage, voire pas de couverture). Ce n'est pas un bus qui m'attend mais un taxi parce que nous ne sommes que trois pour l'expédition. Un couple de médecins français, sympathiques quadragénaires habitués à parcourir les spots de plongée du monde entier mais super bavards, trop bavards... moi qui avait prévu de dormir sur le trajet, ils ne m'ont pas laissé fermer l'oeil une minute. Gérard va déposer sa valise (eux restent cinq jours sur place) et me retrouve sur le quai où l'instructeur répartit le matériel et forme les binômes. Comme on est français tous les deux et qu'on a à peu près le même niveau, on plonge ensemble et c'est très bien parce qu'on avance au même rythme, c'est-à-dire très lentement (il n'y a rien de plus chiant que de devoir palmer derrière son coéquipîer trop pressé). On se fait le signe OK, le pouce vers le bas et on dégonfle nos stabs. Après une courte descente de sept mètres, on atterrit sur un banc de sable éblouissant qui me rappelle un spot de Mayotte qui porte très explicitement le nom de Cocaïne. L'eau cristalline laisse le soleil illuminer ce fond brillant sur lequel pousse des patates rocheuses couvertes de coraux et peuplées de centaines de minuscules poissons bariolés. On s'engouffre dans une grotte dont l'ouverture se trouve à douze mètres de profondeur et les parois tapissées de mousses mauves, oranges, vertes ou bleues. La sortie débouche à trente-trois mètres de fond, au beau milieu d'une paroi de plus de soixante mètres de haut. En apesanteur au-dessus de ce vide vertigineux, on longe le tombant à main gauche : des coraux noirs, des mousses tubes de plus de deux mètres de long, des éponges amphores dans lesquelles je pourrais presque entrer, des grottes où se cachent des murènes, des langoustes ou encore cet énorme mérou, impassible à notre présence. C'est un fabuleux écosystème qu'on pourrait ne pas quitter des yeux pendant des journées entières mais je ne peux m'empêcher de jeter un oeil à droite de temps en temps, dans le grand bleu, au cas où "du gros" venait à apparaître. Maria La Gorda a fait honneur à sa réputation et je la remercie de cet intense moment de bonheur.
     En rentrant à la casa, un repas gargantuesque m'attend : poisson, riz, haricots noirs, bananes frites, manioc frit, salade, tomates, concombres,... impossible de tout manger et pourtant, je me suis bien éclaté le bide. Ca me gêne de ne pas finir et j'en fais part à Ricardo qui me rassure tout de suite, ce serait lui le plus gêné si je terminais tout, il penserait que je n'ai pas eu assez. Il m'emmène sur la terrasse, me sert le meilleur mojito que j'ai bu à Cuba et pose un sac plastique sur la table. Il en sort des feuilles de tabac qu'il commence à trier. Une fois séchées, les feuilles restent mariner quarante-cinq jours dans un bac avec du rhum, du sucre et du citron (dans un ti'punch grosso modo) puis sont séparées en trois groupes dont je ne me souviens pas les noms. Les plus brunes, les plus fortes en goût, en général les feuilles du haut du plant qui ont le plus pris le soleil, constituent le coeur du tabacco et sont roulées dans une feuille moins brune, à priori plus douce, par l'intermédiaire d'un bout de papier journal. La dernière feuille, la capa, plus claire, plus belle, sert d'enveloppe externe et visible du cigare. En cinq minutes, Ricardo en a roulé un et je m'y essaie. Ca prendra un peu plus de temps mais je suis assez fier du résultat que je fume tranquillement en dégustant mon cocktail.
 
     De retour à La Habana, je prépare mon sac et profite encore un peu des bras chaleureux de Felicia et Abuela qui m'étreignent comme leur propre fils. Victor vient me chercher à cinq heures du matin et me dépose à l'aéroport en me disant de revenir le plus vite possible. Le plus vite possible, je ne sais pas mais je reviendrais, c'est sûr.
 
     J'ai bien essayé de faire plus court mais à chaque ligne écrite me revient en tête un autre souvenir, une autre impression, un autre sentiment. "El pais donde un pedazo de mi corazon quedo." C'est vraiment ce que j'ai ressenti en partant et la dernière fois que ça m'est arrivé, la dernière fois que j'ai eu cette envie d'appartenir à une autre culture, une culture différente de la mienne, c'était lors de mon premier séjour en Colombie. Pourquoi faire un rappel de l'Histoire de Cuba ? Parce qu'elle explique bien la situation actuelle et les difficultés que les cubains affrontent aujourd'hui chaque jour et ce depuis plus de cinquante ans. Ces difficultés à l'origine de cette force qui émane de chaque personne, cette force qui les aide à lutter et qui malgré tout, fait qu'ils aiment leur pays et qu'ils en sont fiers comme j'ai rarement vu jusqu'ici.
     Les raisons pour lesquelles je me suis tant attaché à ce peuple viennent vraisemblablement des conditions dans lesquelles j'ai vécu ce séjour. Avec Katell, on avait déjà partagé de bonnes tranches de rigolade à Brest, à l'époque où je n'avais plus de permis et que je squattais chez elle mais Cuba nous a encore plus rapprochés. La voir aimer ce pays qui n'était pas le sien, être aimée par cette nouvelle famille aux habitudes si différentes des siennes, la voir avancer dans ce nouveau monde comme si elle y était née, quand on imagine qu'elle ne captait absolument rien la première fois qu'elle est venue (d'ailleurs moi non plus, je n'y comprends rien à leur foutu accent et c'est même Kat qui me fait la traduction parfois, le comble !!), la voir tenir ce beau bébé qu'elle a eu avec ce mec génial débarqué en France pour finir ses études. Tant de similitudes avec l'histoire de mes parents que j'imagine encore mieux ma mère découvrant Lima dans les années soixante-dix.
     Même si on se connaît depuis une quinzaine d'année, c'est par la salsa que nous nous sommes retrouvés en 2005. Jai déjà beaucoup dansé avant de venir ici mais à Cuba, la salsa prend une dimension encore plus imposante qu'ailleurs. Les gens vivent la salsa, on en entend partout, tous savent danser à en faire pâlir n'importe quel amateur de cette magnifique danse latine, il y a des concerts tous les jours, avec les meilleurs artistes et à des prix cadeau (pour nous évidemment).  La veille de leur départ, on a eu la chance d'assister à un concert en petit comité du Son del  Nene, un groupe de son, l'ancêtre de la salsa, qui nous a fait une démonstration magique de musique afro-cubaine. Alors, ça aussi, ça rapproche, de vibrer sur la même musique, sur la même danse quand on se trouve dans le temple de la rumba.
     Il y a aussi Felicia et Abuela qui, comme ma grand-mère péruvienne, ont vu leur enfant quitter sa terre pour l'autre bout du monde et sont heureuses de le voir bien entouré mais ne peuvent retenir une petite larme à chaque fois qu'il repart.
 
     Quand je pense à Cuba, c'est à leurs bras chaleureux que je pense. Felicia me prenait souvent dans ses bras comme elle prend son fils de 16 ans, Joe, qui en redemande toujours, Juan Carlos ou Alain m'entourait les épaules de leurs bras lourds en me disant hermano, Yaset m'attrapait par surprise à n'importe quel moment de la fiesta pour me dire "tu ne sais pas comme je suis content que tu sois ici avec nous", Abuela venait s'assoir à côté de moi et posait sa tête sur mon épaule. Voilà pourquoi, avec tout l'amour et la tendresse que ces gens m'ont offert, je n'ai pu reprendre l'avion, je n'ai pu quitter ce beau pays de Cuba sans y laisser une partie de mon coeur.

Publié à 01:04, le 5/08/2011, Cuba
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Commentaires (5) | Ajouter un commentaire | Lien

Fiesta y Pachanga :-)

Mi yunta,
C'est très touchant, très bien écrit -comme d'hab ;-)- et je trouve que tu as très bien retranscrit ce sentiment cubain très fort qui est un mélange entre la souffrance, la séparation, la fierté, la joie de vivre et l'amour...
Ce que j'aime ce pays !!!
Sinon, par rapport aux dates, tu es parti en vadrouille du lundi au jeudi, c'est ça ? Ou tu avais loupé le car lundi je crois, non ? Après 4 jours de fiestas, jejeje !
Je me souviens que le jeudi 17 on est allé voir le "Nene y su son" au Delirio Habanero sur la plaza de la revolucion et le vendredi 18, il y avait la grosse fête pour Nino mais ce n'était pas son anniv ; en fait c'était ses 6 mois mais personne ne savait qd on allait revenir alors on a profité de cette occasion (surtout qu'on partait le lendemain) pour réunir amis, famille y voisins ! C'est après cette soirée qu'on a enchainé une seconde fois au Don Congrejo avec Ariel & co. Et qu'on est rentré à... 7h, non ? C'était génial !!!!!
On est parti le soir même il me semble, je pense qu'on rerpenait le boulot le lundi -comme d'hab- ;-) !
Je pense fort à toi,
Comme on dit en Côte d'Ivoire : "on est ensemble" !
Kat

Publié par Kat à 14:59, 8/08/2011

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IMPRESSIONNANT

C'est vraiment plus que fantastique ce que tu as écrit,BRAVISSIMO

Publié par mamanTapez ici votre prénom nom ou pseudo à 22:25, 8/08/2011

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MA GNI FI QUE

Tu nous fais rêver Paco. De plus, nous sommes allées à Cuba, et ton récit nous rappelle ce pays magique. Les gens, la nourriture, les paysages, Cienfuegos, Trinidad, les Mojitos, la salsa, tout nous avait plu, et un très grand merci de nous faire revivre ce voyage. Tes photos sont également superbes. Nous t'embrassons très fort Paco. A très bientôt de te lire. Isa, Blandine et Simon

Publié par isabelle et Blandine à 22:08, 11/08/2011

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Vosges: pluviométrie 2000mm par jour (minimum)

Merci Paco, ça fait du bien de voyager avec tes mots, surtout quand on travaille un 15 août dans le fin fonds des Vosges!!! Gros bisous, on pense à toi! Maëlle & Druz

Publié par Maëlle à 18:01, 15/08/2011

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Commentaire sans titre

Perfecto !!! No hay nada que decir mas. Esos textos muestran la pura realidad de este pais maravillosa... Me hiciste llorar...

Publié par Snej à 11:41, 23/08/2012

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