El trotamundo
Après de nombreux voyages en Amérique du Sud principalement, je me suis enfin décidé à partir avec un aller simple et pour une durée indéterminée. On verra où le voyage me mènera, ce que les rencontres me feront découvrir, quels sont les endroits qui me fascineront,... l'idée étant de pouvoir saisir toutes les opportunités qui se présenteront à moi dans les mois à venir....

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De Salvador à Belém

     Ca y est, mes parents sont partis pour le Pérou il y a deux jours et je viens de raccompagner les Baudouin's et Zabeth à leur taxi, direction l'aéroport et la France. Me voilà de nouveau tout seul, un peu tristounet après ces deux superbes semaines en compagnie de mes proches. Je sais déjà que je ne vais pas rester à Salvador mais je ne sais pas bien encore ce que je vais faire. Une chose est sure, j'en ai marre de faire du tourisme. Marre de toujours bouger, envie de me poser, de travailler (et oui, ça m'arrive aussi), de sociabiliser, d'avoir un logement à moi (et pas un dortoir avec cinq ou dix autres routards),... envie de me créer une petite vie sans avoir à faire, défaire et encore refaire mon sac. Et puis, il y a une autre raison qui me pousse à vouloir travailler. En plus de sa bonne humeur et sa tendresse maternelle, la Moz est venue avec ma comptabilité de l'année dernière (2010 en l'occurrence). J'ai donc profité des deux dernières semaines pour faire mes comptes et ma déclaration d'impôts et comme j'ai beaucoup travaillé les deux années antérieures pour pouvoir financer mon voyage, je me retrouve à déclarer 10000 euros de plus qu'en 2009 !!! Il me reste encore un peu d'argent bien sûr mais vraiment pas assez pour payer mes impôts et mon URSSAF pour l'année à venir. Il faut donc que je bosse ! De toute façon, dans mes plans initiaux, je prévoyais de travailler en Amérique du Sud pour pouvoir continuer mon trip et espérer aller en Australie l'année prochaine. Et puis, l'idée de départ était aussi de faire enfin valoir mon diplôme d'instructeur de plongée et de commencer ma nouvelle carrière au Brésil. Par contre, maintenant, je me demande si un salaire brésilien sera suffisant pour palier à mes charges françaises. En fait, je n'en sais rien puisque je ne me suis pas vraiment renseigné pour le moment.

 

     Jusqu'ici, j'ai répertorié tous les centres de plongée PADI (l'institution internationale de plongée pour laquelle je suis certifié) de la côte nordeste mais je ne les ai pas encore contacté. Je n'ai même pas encore rédigé mon CV et c'est la première chose que je dois faire. Mise à part le fait qu'il me faut le traduire en portugais, le plus gros du travail est de trouver quelque chose à y mettre pour le valoriser sachant que je n'ai aucune expérience professionnelle dans le milieu de la plongée. Ensuite, l'envoyer et attendre une réponse... le pire moment de la recherche de travail, quand tout est fait et que la durée de l 'attente dépend du bon vouloir de possibles futurs employeurs. Le rêve, bien sûr, serait de travailler à Fernando do Noronha, cet archipel à 400 km au large de la pointe nord-est du Brésil (un avion d'Air France s'est crashé pas très loin de là-bas) où raies mantas, dauphins et requins de tous types sont les hôtes quotidiens des plongeurs mais on va pas trop rêver. Pour l'instant, je suis toujours à Salvador et je n'en peux plus, il faut vraiment que je m'en aille.

     Ca peut paraître étonnant après la description que j'en ai fait auparavant mais j'en ai assez de me faire harceler à longueur de journée (et de nuit) par les mendiants et surtout les enfants. Et puis, à force de traîner dans les rues de Pelourinho, je commence à les connaître tous (et je pense qu'il me connaissent aussi). Il y a celui qui jongle avec des noix de coco, celui qui vous accroche des colliers contre votre gré et vous demande de l'argent ensuite. Pour moi, le plus triste, c'est ce gamin, plein de trous dans les cheveux à force de se les arracher du fait d'un tic nerveux qui révèle un état de manque quasi permanent. Je crois que ça me fait surtout de la peine de voir des enfants de dix-douze ans dans cet état. J'observe leur comportement au fil des jours (ou des heures) et je me rends bien compte des effets maléfiques de la drogue. Il arrive toujours un moment où ils deviennent agressifs quand ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent et je finis par moi aussi les envoyer promener. D'ailleurs, je ne leur file plus rien maintenant sauf à mon pote Carlos. Lui, je l'aime bien. Il vient me faire une grande accolade tous les jours, il se balade avec moi et me raconte sa vie d'enfant orphelin qui, à onze ans, élève son petit frère de cinq. Et puis, il a une bonne tête, il a l'air clean, il n'a pas le visage ravagé que peuvent avoir certains autres. Carlos ne me demande jamais d'argent mais du lait en poudre ou un sandwich qu'il mange voracement devant moi. Il faut faire attention à ça aussi parce des fois, ils revendent les sandwichs ou les boissons qu'on leur offre pour s'acheter du crack ou de la colle. Au bout de quelques jours où je vois Carlos, il commence à vouloir emporter la nourriture alors je l'oblige à croquer dedans ou j'ouvre les boissons que j'achète pour lui et il se fâche en m'accusant de ne pas lui faire confiance. Mes soupçons seront confirmés quand deux jours de suite, je le verrai profondément endormi sur un trottoir en plein soleil de midi. Caralho ! J'me suis encore trompé ! Ca a finit par me démoraliser complètement et je décide de prendre le large. Il y a bien deux ou trois centres de plongée ici mais il faut que je m'éloigne de cette ville immense et totalement folle. Je me vois plutôt m'installer dans un petit village au bord d'une immense plage bordée de cocotiers.

     Avant de partir, j'ai eu la chance d'assister à une répétition publique du groupe Olodum, emblème musical de la ville. C'est LE groupe de percussions, inventeur du samba reggae, qui enflamment les rues de Salvador de Bahia pendant le Carnaval. Pour cet événement majeur de la culture brésilienne, ils alignent plus de cent-cinquante percussionnistes et sont suivis par des centaines de milliers d'habitants du monde entier peinturlurés et échauffés par la caïpirinha. Une des grandes fierté des salvadoriens est le clip « They don't care about us » que Michael Jackson est venue tourné ici avec le groupe local et certains habitants du quartier. Et quand ils font une répétition, en général une fois par mois, ils la rendent publique. La veille de mon départ, alors que je boucle mon sac, Zaylla, la brésilienne de São Luis de mon dortoir, rentre toute excitée à l'idée de voir ce groupe mythique et me propose de l'accompagner. Comme d'habitude, les vendeurs de cerveja gelada et les ramasseurs de canettes pullulent devant la porte d'une sorte club associatif. L'entrée est plus chère que prévu mais Zaylla négocie ferme et on entre victorieusement dans un patio encore peu peuplé en ayant payé moitié prix. Ils ne sont pas cent-cinquante bien sûr, les locaux auraient explosé, mais il suffit d'une trentaine de tambours battus par des percussionnistes enragés qui les font sauter à trois mètres à au-dessus de leurs têtes crépues pour nous faire vivre une ambiance de Carnaval en plein mois de mai. Zaylla me dit après qu'elle rêvait depuis enfant de voir un concert d'Olodum et je crois qu'effectivement, ça aurait été dommage de rater ça. Un autre moment de folie mais qui me donne plutôt envie de revenir... pour le Carnaval.

 

     Je quitte donc mes potes de l'hôtel et ma vue panoramique sur a Baia de tudos os Santos pour prendre le bus de Maceio à quelques centaines de kilomètres. Je vais plus exactement à Praia do Frances (Plage du Français, tdlr) où se trouve le premier centre de plongée en suivant la côte vers le nord et où, apparemment, il y aurait de belles vagues. Quand j'arrive au petit matin dans cette petite ville de province de près de deux millions d'habitants, je découvre une cité industrielle sous une pluie fine et face à une mer brunâtre. Je reprends un bus pelo Frances. La campagne est belle malgré le ciel couvert et menaçant mais semble bien trempée. De grandes flaques barrent la route à plusieurs reprises, les rivières débordent d'une eau boueuse, il y a même des zones habitées inondées. Mon voisin me dit qu'il pleut depuis plusieurs jours déjà et qu'à priori, ce n'est pas près de s'arranger. Ce n'est pas très bon ça pour quelqu'un qui cherche du boulot dans la plongée, surtout si les eaux sont troublées par la boue des rivières. Arrivé à destination, je déchante encore un peu plus. Les rues de ce village balnéaire sont désertes, on dirait presque que tout a été retourné par une tempête tropicale. D'ailleurs, la pluie commence à forcir, il faut vraiment que je trouve un endroit où poser mes valises. Tout est fermé, complet ou trop cher et je finis par me rabattre sur une petite bicoque familiale où des petits vieux louent une chambre. C'est très sombre, franchement miteux mais à quelques mètres de la plage. Je pars voir les vagues qui, sous une pluie maintenant battante, déroulent en formant des jolis petits tubes bien lisses mais là, je suis trop crevé pour ramer alors je retourne me coucher dans mon lit poisseux.

     Quand je me réveille en tout début d'après-midi, le soleil a percé les nuages et le village a meilleure mine. Les voisins discutent assis devant leurs maisons et les surfeurs défilent devant ma bicoque la planche sous le bras. Il y a bien quelques vagues mais le fort vent qui s'est levé et a chassé les nuages rend le plan d'eau brouillon. Sous un ciel bleu, c'est bien plus beau, surtout avec ces grands cocotiers qui s'élèvent sur les dunes. La plage a repris vie, les restaurants commencent à installer les parasols sur le sable et les premiers clients sont déjà assis devant une bière bien fraîche. En me baladant au bord de l'eau, j'aperçois le sigle PADI si familier accroché à un arbre et j'en prends la direction. Le patron me reçoit cordialement, il ne se souvient pas d'avoir reçu mon mail et mon CV (c'est sa femme qui gère le courrier), il me fait visiter les locaux et me dit que malheureusement, il n'y a pas vraiment de boulot en ce moment du fait des pluies. Je suis con aussi, je savais bien que c'était la saison humide mais je ne pensais pas que c'était à ce point ! Et puis, je ne voulais pas aller dans le sud puisqu'on entre dans l'hiver qui peut s'avérer plus froid qu'on ne se l'imagine. Je repars encore plus dépité, c'est mal parti mon affaire. Je décide de rester ici quelques jours pour me poser, réfléchir aux options envisageables, surfer et voir si une réponse inespérée apparaît. En rentrant vers mon taudis, je passe devant une pousada, o Cocoloco, et je demande par hasard s'il n'y aurait pas une chambre disponible aux alentours de vingt reais. Une métisse enrobée, aux traits assez grossiers et aux culs de bouteille posés sur le nez, s'approche avec un sourire gigantesque qui dévoile ses dents bien blanches. Elle me propose un petit appartement avec salle de bain et cuisine pour ce prix mais à condition que je reste au moins une semaine. Allez ! Vendu ! Je m'installe demain à la première heure. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que je vais me plaire ici.

      Mon rythme de vie est assez simple : levé tôt pour aller surfer, je reviens manger une salade de fruit en guise de petit déjeuner, je retourne surfer, je reviens déjeuner et après une petite sieste, je repars à l 'eau pour la dernière session avant o pôr do sol (coucher de soleil, tdlr). J'arrive à prendre quelques vagues sympas mais globalement, ce n'est pas dingue. Elles sont puissantes et creuses mais courtes et souvent brouillées par un vent du large. En plus, les pics bougent tout le temps et il y a ce p***n de courant qui t'emporte à l'autre bout de la plage en quelques minutes. Je comprends mieux pourquoi les surfeurs locaux sont aussi baraques mais je ne comprends toujours pas comment ils font pour être si bons dans des vagues pareils. On se croirait au milieu d'une rampe de skate tellement ils bondissent sur n'importe quel bout de vagues qui lève un peu.

      Du coup, je passe beaucoup de temps à la pousada et je deviens de plus en plus pote avec Tina, la patronne aux grosses lunettes, et Aline, son aide-cuisine, une évangéliste récemment convertie qui me fait des allusions sexuelles toute la journée avant d'éclater de rire. Ca, on rigole dans cette cuisine et après deux-trois jours, je suis leur chouchou et elles me maternent comme le fiston de la maison. Premièrement, il est hors de question que je cuisine donc je suis inclus dans tous les repas, ensuite Aline insiste pour faire le ménage dans ma chambre chaque jour, pour laver mon linge et Tina m'apporte des limonades maisons bien fraîches aux heures les plus chaudes de l'après-midi,... un vrai coq en pâte !! Il y a aussi Negão (Negro, tdlr), le copain de Tina, chargé de l'intendance dont le rire tonitruant m'entraîne à chaque fois avec lui. Je lui donne des fois des coups de main pour réparer toute sorte de truc, construire des étagères, décrocher les noix de coco avant qu'elles ne s'écrasent sur la tête de quelqu'un (par contre, je le laisse monter) ou à négocier du poisson que les jeunes pêcheurs essaient de vendre au porte à porte. En fin de journée, Eumir rentre du travail et c'est en général quand il commence à raconter ses blagues qu'on entame les caïpirinhas qui favorisent d'autant plus nos grands fous rire. Eumir, c'est un type d'une cinquantaine d'années, installé ao Cocoloco depuis qu'il a quitté sa femme. Il bosse comme commercial à Maceio et on comprend facilement pourquoi. Il a un bagou pas possible, arrête pas de faire marrer tout le monde et c'est sûrement grâce à cela qu'il ramène une femme différente dans sa chambre chaque soir malgré son physique peu avantageux. Sacré Eumir !! Je me plais bien dans cette maison où il fait bon vivre et où les gens sont adorables. Et qu'est-ce qu'on rigole !!

     Les jours passent tranquillement et toujours pas de nouvelle positive pour le travail. J'ai bien reçu deux ou trois réponses me disant que la saison était calme et qu'ils ne recherchaient personne pour le moment. Pas avant septembre-octobre. Mais je ne peux pas attendre jusque-là. Je commence un peu à désespérer, le mois de juin approche et si je veux réussir à payer mes impôts et mon voyage en Australie, il va falloir que je trouve vite une solution. Je vais devoir sortir le joker que je ne voulais pas utiliser, la kinésithérapie. Je m'oriente donc vers les Antilles et contacte le cabinet de Guadeloupe pour lequel j'avais bosser en 2006. Malheureusement, ils n'ont pas besoin de remplaçant. Ils vont se renseigner et me tenir au courant mais quoiqu'il en soit, je peux venir et squatter chez l'un d'eux en attendant que je trouve quelque chose. Sympa !! Je regarde les annonces sur internet pour la Martinique aussi mais ça s'avère peu fructueux. Une autre semaine passe et toujours rien ! Je commence même à envisager de rentrer en France pour les vacances d'été. Après tout, c'est la meilleure période, il fait beau et il y a du boulot. Et puis, je serais bien content de voir la famille et les copains, de me balader en France, de me régaler de ses mets et ses vins fabuleux,... Allez, pourquoi pas ? Je bosse quelques mois là-bas et je reviens au Brésil en octobre. J'arrive à me faire à cette idée même si une part de mon orgueil brûle à l'idée de devoir rentrer après seulement six mois de voyage alors que je me voyais partir sans revenir avant bien plus longtemps. Un matin, après ma session de surf, j'ai pris ma décision, je vais regarder les billets d'avion et les offres de remplacement en métropole. Je m'assois devant l'ordinateur, j'ouvre le site d'annonces pour kinés et là, je me rappelle les douces paroles de la Moz : « Et pourquoi tu ne recherches pas en Guyane ? Tous les gens qui y vont en reviennent ravis. » Personnellement, ça ne me dit trop rien. En fait, je ne me suis jamais dit que j'irai en Guyane Française, terre isolée au milieu d'une forêt amazonienne humide et bourrée de moustiques. Pourquoi pas ? Après tout, c'est encore plus près que les Antilles puisqu'elle a une frontière commune avec le Brésil. Quand j'ouvre la page, il y a au total trois annonces (contre des centaines pour n'importe quelle autre région de France et de Navarre) dont deux qui datent de six mois ou plus. La dernière, par contre, est datée... d'aujourd'hui ? « Cherche remplaçant pour trois mois à partir de début juin. Place disponible dans une colocation. » Hallelujah !!! Finalement le salut viendra de la terre des bagnards. J'appelle Nico, le kiné en question, et l'affaire est conclue dès le lendemain. Je dois être à Cayenne dans dix jours.

     Je reprends donc la route en laissant derrière moi ma nouvelle famille attristée. Tina, les larmes aux yeux, essaie de me faire promettre de revenir après la Guyane (c'est dans mes projets de revenir au Brésil dans quelques mois mais de là à promettre de revenir à Maceio... difficile à dire). Eumir me dépose au terminal et me serre longuement dans ses bras, comme un bon ami. Il faut dire qu'on en a vécu des bons moments ensemble. Je pars le cœur lourd moi aussi, c'étaient vraiment des gens géniaux.

 

     Etape suivante : Recife. Connue comme la ville la plus dangereuse du pays du futebol, elle n'est pas du tout recommandé par les guides car en plus, il y a très peu d'intérêts touristiques. Côté surf, il ne faut même pas y compter, les eaux sont infestées de requins et sa pratique est interdite sur toute la côte du Pernambuco (l'état de Recife). Alors pourquoi j'y vais ? Parce que c'est assez réputé pour la plongée du fait d'un grand nombre de bateaux militaires coulés dans la région pendant la Seconde Guerre Mondiale (Ah bon ? Elle est arrivée jusqu'ici?). Et puis, on doit pouvoir voir des requins logiquement. Bien que je ne cherche plus de travail, j'ai bien envie de plonger pour le plaisir.

     D'après le Lonely Planet, le centre craint trop et il faut éviter de s'y balader la nuit. Il est préférable de rester dans le quartier de Boa Viagem, résidentiel et centre des affaires, mais dès que je commence à m'y promener, je décide que je bougerai dès le lendemain. Une véritable forêt de gratte-ciels vitrifiés quadrillée par d'interminables avenues sans fin ni âme. La plage n'est pas bien loin mais on ne peut même pas s'y baigner. Je déplace donc mes valises à Olinda, la ville voisine, de l'autre côté du centre. Cette petite bourgade qui fut bien plus importante que Recife au début de la colonisation mais perdit de son influence lorsque l'industrialisation a développé sa concurrente, est un des points d'intérêts de la région pour son charmant centre historique et colonial accroché à une colline face à l'Atlantique. J'essaie d'organiser une plongée mais les bateaux ne sortent que le week-end en ce moment et je ne peux pas attendre jusque-là. J'en profite tout de même pour visiter les centres culturelles des frères Brennan. L'un était collectionneur et a regroupé nombre de tableaux et sculptures de l'époque colonial dans un énorme château à l'architecture moderne curieuse (je dirais... germanique). On y trouve de belles illustrations du pays lorsque les portugais sont arrivés et notamment, de la baie de Rio avant que n'y soient posées les premières pierres. L'autre frère est le sculpteur contemporain brésilien le plus connu. A l'image de Dali ou Gaüdi, ces œuvres aux formes bizarroïdes représentent des créatures imaginaires ou des paysages invraisemblables. C'est plutôt intéressant et j'aime assez ce type d'artiste un peu bargeot qu'on apprécie parce qu'on trouve en eux un peu de notre propre bargeo-itude (enfin, c'est l'idée que j'en ai). Par contre, quelle galère pour venir admirer ces créations ! Deux heures de bus plus un taxi. Et quand je veux en repartir, il n'y en a plus pour me ramener à l'arrêt de bus le plus proche qui doit se trouver à quatre bons kilomètres. Je demande au chauffeur d'un bus scolaire s'il peut m'avancer un peu. « A onde vai ? Olinda ? Lhe deixou pertinho. » Pertinho, pertinho,... c'est vrai qu'au final c'était pas si loin mais il m'a tout de même déposé en pleine nuit dans un quartier qui ressemblait plus à une favela qu'à Boa Viagem. J'arrive sain et sauf à mon auberge de jeunesse mais c'est vrai que je ne faisais pas le malin. Avant de partir (encore), je fais un petit tour dans le centre de Recife et c'est vrai : très peu d'intérêts touristiques, des rues très sales et un sentiment palpable d'insécurité. Allez ! Embora !!! (expression intraduisible littéralement qui signifie : « On y va ! »)

 

     Après une nouvelle nuit de bus, j'arrive à Fortaleza. Quand je sors du terminal, je retrouve Laurène et Igôr qui m'attendent dans leur petite voiture. Laurène est une copine de maternelle de mon frère Druz et nos parents se connaissent depuis des années donc autant dire que je la connais presque depuis qu'elle est née. Elle est venue faire un volontariat ici l'année dernière, elle est tombée amoureuse d'Igôr, le sympathique photographe et elle est revenue il y a quelques mois pour s'installer avec lui. Je suis content de la revoir après ces quelques années et pour elle, ça fait bizarre de voir un Gonzales au Brésil. Pour le moment, ils vivent toujours chez la mère d'Igôr qui habite dans une belle maison d'architecte où une chambre m'est réservée. Je ne suis là que pour le week-end (je travaille mercredi) donc on le passera surtout à la plage et en festa. Praia do Futuro vendredi après-midi, ambiance typiquement brésilienne. Des tables et des chaises pliantes protégées par de grands parasols à l'effigie d'une marque de bière sont assaillies par une foule de plagistes en mini-short ou string venus se jeter dans les vagues entre deux mousses et un poisson grillé. Je préfère les endroits plus tranquilles généralement mais c'est pas mal aussi de se boire une petite fraîche les pieds dans le sable face à la mer ou au coucher de soleil.

     Le soir, on retrouve les amis de mes hôtes dans un petit bar populaire au coin d'une rue qui déborde de buveurs de bière. Tout le monde chante à tue-tête et danse autour de la batucada assis en cercle au milieu de la pièce. Merci les amis, vous saviez que c'était ce que je voulais voir. Et c'est pas fini ! On se dirige vers le Centro Dragão do Mar. Quelle bonne idée que de construire un grand centre culturel regroupant salles de concert, cinéma, restaurants, bars, discothèques et où des gens de tous âges se retrouvent le week-end pour un battle de break dance, manger une pizza ou danser sur de la samba. On a d'ailleurs fait les trois et on a passé une soirée géniale.

     Ca m'a fait plaisir de voir Laurène bien à l'aise dans son nouvel élément même si elle me dit que le manque de sécurité lui donne parfois l'impression d'être moins libre qu'en France. Par exemple, elle ne peut plus marcher toute seule dans les rues après la tombée de la nuit (même accompagné, il vaut mieux éviter) ni descendre de sa voiture pour retirer de l'argent. On conseille aux gens de ne pas s'arrêter aux feux rouges la nuit pour éviter les agressions à l'arme à feu assez courantes à Fortaleza. Elle m'explique qu'au cas où, il faut toujours avoir quelque chose à donner, ne serait-ce que quelques reais pour satisfaire le manque des agresseurs qui peuvent péter un plomb s'il n'ont pas ce dont ils ont besoin. Vu comme ça, effectivement, on peut la comprendre. Malgré cela, elle a l'air heureuse. Il faut dire qu'elle est bien entourée par un Igôr fort chaleureux et très intéressant et des amis festifs et accueillants. Encore une destination qui valait le détour et qui en vaudrait sûrement un autre. En 2014 pour la Coupe du Monde ? On se tient au courant.

 

     Dernière étape avant la Guyane : Belém. Retour sur les berges de l'Amazone. Juste une escale de vingt-quatre heures, le temps de jeter un œil à cette ville qui n'a pas meilleure réputation que Manaus. En pleine saison des pluies maintenant, la moiteur et l'obscurité en plein jour rendent les lieux peu attrayants. On est dimanche après-midi et la place principale du centre-ville est quasiment déserte. Seuls des mecs encore bourrés de la veille, des prostituées ou des clochards aux gueules patibulaires errent sous la pluie légère. Je prends le premier hôtel potable que je trouve, histoire de ne pas trop traîner dans les rues sales et peu rassurantes avec toute ma vie sur le dos. Alors que j'essaie de me connecter à un réseau internet qui n'arrive pas à traverser les rideaux de pluie qui tombe dehors, deux gars de São Paulo viennent me saluer et me propose d'aller avec eux à uma balada (une soirée, tdlr) sur le port. On est dimanche soir mais après tout, je n'ai rien à faire. Le taxi nous dépose au fond d'une impasse inondée de flaques boueuses. On est dans un de ces quartiers où les maisons sont construits sur pilotis au bord du fleuve. On passe une porte, on emprunte des passerelles qui font office de rues et on aboutit sur une salle immense, je dirais plutôt un ponton géant transformé en salle de concert. Un groupe se produit déjà et les locaux aux faciès si indiens se trémoussent dans tous les sens. Après les physiques négroïdes du Nordeste, il suffit de regarder le visage des gens pour savoir que j'ai atterri en Amazonie. Quelle diversité dans ce peuple brésilien !! Et toujours ce grand point commun : festa e mais festa !! Le dernier groupe à passer joue du reggae mais l'ambiance est bien différente des concerts en France, bondés de rastas ou assimilés qui se balancent sur place, enfumés par la maconha (le mot brésilien désignant la marihuana). Ici, la reggae, du fait de son rythme nonchalant, se danse de façon plus « sexy », plus comme le zouk des Antilles et c'est, apparemment, l'occasion de conclure les négociations entamées au cours de la soirée puisque tout le monde commence à s'embrasser à tout va. Ces brésiliens, ils ont vraiment ça dans la peau ! Contre toute attente, c'était finalement une excellente dernière soirée au Brésil et je prends l'avion vers la France d'outremer avec la ferme intention de revenir dans ce fabuleux pays dès que ma situation financière sera plus clémente. Até logo Brasil !!


Publié à 14:31, le 17/09/2012, Belém
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les gentilles paroles

MERCI POUR LES DOUCES PAROLES QUE TU DIS DE MOI
BISOUS

Publié par MAMANTapez ici votre prénom nom ou pseudo à 20:53, 27/09/2012

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Le plaisir de retrouver tes récits.

Oi meu filho, merci d'avoir repris le clavier pour nous régaler avec les récits de tes rencontres et tes expériences no Brasil.
Je suis à Brighton pour mon dernière mission avant la retraite qui vient à grande vitesse, ce sera le 16 octobre à midi!

Besotes, Le POz

Publié par Le POz à 23:17, 27/09/2012

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