El trotamundo
Après de nombreux voyages en Amérique du Sud principalement, je me suis enfin décidé à partir avec un aller simple et pour une durée indéterminée. On verra où le voyage me mènera, ce que les rencontres me feront découvrir, quels sont les endroits qui me fascineront,... l'idée étant de pouvoir saisir toutes les opportunités qui se présenteront à moi dans les mois à venir....

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Escale à Panama

     Ce fut bref et j'avoue que j'écris ce court article surtout pour avoir le petit drapeau qui s'inscrit sur la carte de mon itinéraire. A tout cassé, je n'y suis resté que quinze ou seize heures mais cela m'a donné le temps de rendre une petite visite à mon cousin Mauro et à sa femme, Karim. Je les ai connus à leur mariage en 2005, ce qui était le but de notre invitation d'ailleurs. On a tout de suite simpathisé et les liens familiaux qui nous lient ont très vite transformé notre relation d'étrangers à cousins adorés. Je suis déjà venu les voir deux fois au cours de mes voyages précédents et je garde toujours un excellent souvenir de Panama. C'est un tout petit pays aux paysages diversifiées, au îles et aux plages paradisiaques, aux vagues sensationnelles et situé sur un point géographique de la plus grande importance mondiale, le resserrement le plus étroit entre le Pacifique et l'Atlantique. Panama City est une ville des plus modernes (on dirait Manhattan vue de la mer) mais qui compte aussi un quartier historique somptueusement rénové.

     Malgré le peu de temps qu'on a, Mauro insiste pour m'emmener voir les changements dans cette ville qui évolue à une vitesse fulgurante et on part pour une visite en voiture "by night". Cela fait à peine trois que je suis venu la dernière fois et en ce court laps de temps, ils ont réussi à élargir une avenue en grapillant sur la mer, à construire des routes aériennes pour résoudre les problèmes de circulation et à bâtir une dizaine de gratte-ciels hauts d'une centaine d'étage. Hallucinant !!
 
     Ce que j'aime à Panama, c'est le contraste de modernité engendrée par la présence des américains pour la gestion du Canal jusqu'en l'an 2000 (ils avaient une concession pour cent ans) et l'authenticité de certaines régions provinciales comme les îles San Blas, aux eaux cristallines et aux bancs de sables recouverts de cocotiers, peuplées par l'une des dernières éthnies au monde vivant dans le respect total de leur traditions ancestrales. C'était vraiment court mais au moins, j'étais bien content de revoir mes nouveaux cousins si amicaux.
     Une bonne nuit de sommeil et je reprends l'avion pour une destination qui me réserve bien des émotions, Cuba.


Publié à 06:04, le 31/07/2011, Panamá
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El Carnaval de Barranquilla

Dia Uno
 
     Après des adieux déchirants avec le Druz, nous arrivons à Barranquilla, cette ville tentaculaire (la quatrième de Colombie) que je ne connais presque pas alors qu'elle se trouve à mi-chemin entre Cartagena et Santa Marta. J'y ai souvent transité mais ça ne m'a jamais tenté d'y séjourné parce que c'est un vrai four, c'est très sale, apparemment pas très sûr et sans grand intérêt touristique. J'y suis tout de même déjà venu en 2005 pour le Carnaval mais comme on ne se doutait pas que c'était aussi cher, on avait claqué tous nos sous pour assister au défilé et on était rentré à Taganga le soir même. Cette fois-ci, j'ai décidé de rester les quatre jours pour vraiment le vivre et donc de m'organiser mieux avant mais...
     Quand on arrive sur place, on n'a pas d'hotel réservé, on ne sait pas comment ni où se déroulent les festivités, on n'a même pas de plan de la ville. Fernanda s'adresse au gars de la police touristique qui nous conseille d'aller au centre où l'on a le plus de chance de trouver des hotels pas trop chers (les prix augmentent pendant ce week-end et les gens réservent longtemps à l'avance). Le centre de Barranquilla est aussi sale que les alentours, désordonné et peu rassurant. On marche sous le soleil de plomb avec nos gros sacs à la recherche d'un logement qu'on ne trouve pas. On demande à nouveau à des policiers qui nous recommandent de remonter une dizaine de cuadras (una cuadra = 100 mètres environs) parce que vraisemblablement, il ne fait pas très bon traîner par ici la nuit. Le premier hotel est un peu cher mais surtout plein. Le deuxième a de la place et on négocie un prix qui nous convient mais mieux vaut ne pas être trop regardant. Il n'y a pas de vraie fenêtre dans la chambre, juste une espèce de "meurtrière", le lit est tout déglingué, la salle de bain-chiotte n'a pas de porte et le ventilateur fait un boucan du tonnerre. Après tout, on n'y sera que pour dormir.
     On se renseigne un peu sur le programme de la soirée et il y a la "noche de los tumbaos" à deux pas de chez nous. Parfait, la plus grosse activité du jour juste à tres cuadras (officiellement, le Carnaval ne commence que demain mais comme tout le mois de février est le mois de pré-Carnaval, la ville est déjà en effervescence). On assiste à un super concert, face à la cathédrale, où les groupes s'enchaînent en jouant la musique typique des Caraibes, la cumbia. Tous les musiciens sont vêtus de blanc avec un foulard coloré autour du cou et le sombrero sur la tête. La cumbia entraîne tout le public au son de cette flûte criarde qui se joue à une main, le petit doigts de l'autre faisant les variations avec la bouche, et bientôt des rondes humaines gigantesques tournent autour de la scène. Le Carnaval est lancé !!
 
Dia Dos
 
     C'est le grand jour, le jour de la Batalla de las Flores, le plus grand défilé du Carnaval mais avant ça, il faut qu'on trouve notre accoutrement. On part acheter les sombreros, la mochila rayée noir et blanc (sac en laine qui se porte en bandoulière) et la bouteille d'Aguardiente. On retrouve ensuite les deux copines italiennes de Fernanda, Claudia et... (mince, je ne me rappelle plus du nom de la seconde. En même temps, ça fait plus de deux mois et j'en ai rencontré du monde depuis), qui ont choisi la crête et le tee-shirt multicolores (la crête est due à un acteur de série burlesque hyper connu en ce moment qui en porte une justement et le tee-shirt est plus traditionnel avec des inscriptions et des dessins typiques du Carnaval). On arrive sur la Via 40, c'est la foule partout, la bière, l'Aguardiente ou le Ron coulent à flot, chacun y va de son déguisement, la farine et l'eau jaillissent de tous bords, c'est déjà dingue !! La foule est dense et il est quasiment impossible de voir la parada sur la rue. Il faut monter sur un palco (gradin, ndlr), on essaie de négocier mais c'est plein, soit on nous demande 150-200.000 pesos (c'est bon, vous vous y êtes mis au peso colombien ? Il suffit de multiplier par quatre puis de diviser par mille). On se cale derrière des palcos plus bas qui nous permettent d'apercevoir le haut des chars, c'est déjà ça. On fait la connaissance de Sebastian (16 ans) et de Paola (14 ans) qui nous badigeonnent les visages de maizena. Tout le monde danse, c'est le feu, surtout quand passent des stars comme Eddy Herrera, la estrella del merengue. Tour à tour, on escalade les gradins pour voir un peu mieux, pour essayer de prendre des photos, on tente de passer de l'autre côté mais on nous repousse (les gens payent cher pour avoir ce privilège et n'ont pas envie d'être envahis) mais grâce à la pression populaire, on arrive à passer de l'autre côté, aux premières loges et sans débourser un peso. On se saute dans les bras, on s'arrose d'eau, de maizena et d'Aguardiente, c'est la folie !!! Et quel spectacle ! Les rangées de danseurs aux costumes bariolés font des acrobaties ou dansent le mapalé (danse d'origine africaine introduite par les esclaves guinéens où l'on bouge le torse à une vitesse hallucinante, type Shakira mais en dix fois plus vite). Il y a aussi des danseurs en costumes traditionnels, les hommes, le sombrero à la main, tournent autour des robes magnifiques des femmes qui portent des bougies à la main ou des bouteilles d'Aguardiente (toujours) en équilibre sur la tête. Les chars aux têtes géantes défilent portant des groupes de Vallenato qui enflamment le public avec leurs chansons plus que connues, des stars de la télé et des novelas, des tops models, des miss Carnaval, miss Barranquilla, miss Colombia, plus magnifiques les unes que les autres. Quel fabuleux spectacle et en effet, quel privilège de voir ça !!
     A la tombée de la nuit, la foule commence à s'éparpiller et la question se pose : où va-t-on continuer ? Sebastian et Paola doivent rentrer (Paola est en pleurs parce que sa mère ne veut pas la laisser sortir, normal, elle n'a que 14 piges) mais ils nous amènent à la Plaza de la Cerveza (la Place de la Bière, ndlr). Et là, ce n'est pas la peine de vous faire un dessin : salsa, cerveza y rumba hasta l'amanecer !!

Dia Tres

     Quand tu te couches à sept heures du mat', c'est dur d'être au défilé à quatorze heures. On arrive tout de même à seize heures et on s'étonne de voir beaucoup moins de gens que la veille. La Batalla de las Flores est vraiment l'évènement du Carnaval ! Du coup, on peut circuler bien plus facilement et les vendeurs à la sauvette de tickets pour les palcos bradent les prix. On se fait un peu prier jusqu'à ce qu'on nous propose les deux entrées pour 15.000 pesos, le lendemain compris. Allez, c'est bon, c'est la grosse oferta ! Ce n'est pas l'ambiance de la veille, les spectateurs sont bien plus calmes mais il y a toujours les petits groupes de potes qui viennent jouer de la cumbia dans les gradins pour atiser la foule. En fait, on se rend compte de ce qu'est un guayabo general (gueule de bois en colombien, ndlr), tellement les carnavaleros ont envie de s'agiter mais doivent supporter les conséquences de la rumba de la nuit précédente. Ca permet de mieux voir la parada, de faire plus attention aux détails, à la qualité des costumes, à la synchronisation des danseurs, aux heures de travail que ça a dû demander. On apprécie d'autant plus le spectacle aujourd'hui.
      Le soir, on retrouve Sebas qui nous a parlé d'une soirée avec concert. A mon avis, on arrive un peu tôt et il n'y a personne. Pas très loin, dans un stade, est programmé el Festival de las Orchestras où il y a plein de monde mais à 60.000 pesos l'entrée, c'est trop cher pour nous trois. Finalement, à quelques pas de là, on trouve notre bonheur. La Plaza de Club Colombia - la meilleure bière colombienne - où tu payes 11.000 pesos l'entrée avec six cervezas offertes. A l'entrée, on te file un seau avec décapsuleur intégré, plein de glace et de canettes. Le concept est génial : tu rentres avec ton seau dans les bras, tu le poses sur une table et tu commences à danser autour, puis, plus la soirée s'anime, tu montes sur les bancs pour finir à sauter sur les tables. Et c'est encore la folie. Un groupe de vallenato, un autre qui reprend des classiques de la salsa ou du merengue, on délire avec Sebas et on s'éclate avec Fernanda. Chaque pas, chaque mouvement, chaque vuelta que j'ai envie de faire, elle les suit avec une fluidité et une facilité hallucinante. Les personnes qui aiment danser en couple et surtout les danses latines le savent : danser, c'est comme faire l'amour. C'est fabuleux quand les corps s'unissent, quand chaque mouvement est compris par l'autre de façon intuitive, quand la musique et le rythme vous transportent loin, loin de la réalité... Beleza !! (c'est du portugais mais je suis au Brésil quand j'écris ces lignes)

Dia Quatro

     Malheureusement, Fernanda doit prendre un bus en direction de Cartagena où un avion l'attend pour la ramener à Quito. Ces vacances sont finies et on se sépare, une multitude de bons souvenirs partagés en tête et franchement triste de ne pas pouvoir en créer d'autres. Je me retrouve donc seul, j'ai deux places pour entrer aux palcos alors je retourne vers le défilé. A ce moment, Baptiste, le dormeur jusqu'à dix-heures heures, m'appelle et on se donne rendez-vous Via 40 con calle 52. Ca tombait bien, la seconde entrée va pouvoir profiter à quelqu'un mais on ne s'est jamais trouvé alors que j'ai passé plus de temps à regarder dans la rue qu'à admirer la parada. Et pourtant, il est passé tout près. C'est dommage, on ne se sera pas revu du coup, enfin jusqu'à aujourd'hui parce qu'on ne sait jamais.
     Bon ! Tu es tout seul. La ville est énorme, tu sais pas vraiment où aller et tu sais que la place où tu étais la veille est vraiment le genre d'endroit que tu aimes et va encore être blindé. Tu y retournes ! J'entre avec mon seau de bières, je me faufile dans la foule pour m'approcher du groupe de vallenato qui a déjà entraîné tout le monde et je m'"installe" (je pose mon seau en fait) en demandant la permission à une dame plutôt âgée qui accepte en me regardant un peu de travers. En fait, c'est la table d'une famille, la famille de Yhois, qui est venue de Riohacha pour fêter le Carnaval. Je commence à danser avec la tante, puis la cousine, puis la nièce, puis la grand-mère et je trinque avec l'oncle, le père, le cousin. Au moment où ils partent, chacun vient me dire au revoir en me faisant une grande accolade et en m'invitant à leur rendre visite si je vais dans la Guajira. Je me retrouve à nouveau tout seul et je commence à discuter avec Kelly qui danse à côté de moi. Elle m'invite à rejoindre ses amies et quand commence un  reggaeton super à la mode en ce moment, je me retourne cerné par quatre filles, je dirais plutôt compressé d'ailleurs, qui dansent du perreo, du genre bien pegado ( bien collé, ndlr) et plutôt "sexy". C'est vraiment un Carnaval ce pays !!

Dia Cinco

     Elle revient ! En arrivant à l'enregistrement hier, Fernanda n'avait pas de réservation. C'est Sophie, la bretonne de Lyon, qui a acheté le billet avec sa carte bancaire et il paraîtrait qu'il y a des problèmes avec certaines cartes européennes chez Avianca. "Tant mieux, reviens faire la dernière soirée à Barranquilla ! Tous contents de se retrouver, on va voir le dernier défilé, pas à la Via 40 cette fois, une avenue plus petite et sans palcos. Beaucoup ont répondu présents au dernier évènement du Carnaval 2011 et même si on sent la fatigue, la motivation est là. Ca picole moins - ça mange - mais la mousse et la farine volent deci delà. Le soir, on retourne à la Plaza Club Colombia mais il ferme à minuit et ce n'est pas la foule des autres jours. Quelqu'un m'a dit pendant ces quatre jours de folie (honnêtement, je ne sais plus qui ni quand) que les barranquilleros vivent le Carnaval jusqu'à ce que le corps aguanta (supporte, ndlr)... ou le porte-monnaie.

Dia Seis

     Ce matin, nos chemins se séparent vraiment, Fernanda a un vol pour Quito et moi pour Cuba. Tous ces moments fabuleux vécus ensemble, cette entente au son de ces musiques qui nous ont envoûtés, ces éblouissantes parades, toutes ces personnalités rencontrées, ces sauts de joie, ces éclats de rire,... Célia Cruz chantait "la vida es un Carnaval", je dirais que depuis Taganga, notre vie a été un Carnaval.



Publié à 02:38, le 13/06/2011, Barranquilla
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Taganga y el Parque Tayrona

       Le jour se lève quand je me réveille et j'aperçois, dans la brume légère, les ombres lointaines des sommets de la Sierra Nevada de Santa Marta. Puis la mer défile sur ma gauche, le ciel s'éclaircit peu à peu, sans un nuage. On va bientôt arriver à destination. Il est à peine sept heures quand je descends du bus et la chaleur s'est déjà bien installée. Je suis bien content de retrouver cette côte où le climat ne réserve que peu de surprise, même si les rares fois où il pleut, les rues se transforment vite en rivières.

     Le taxi traverse le quartier peu recommandé de Pescadito puis gravit la colline. Plus que deux virages, plus qu'un, on passe le col et ça y est, s'étend devant moi la magnifique baie de Taganga aux eaux turquoises cernées de montagnes arides. La route sinueuse qui descend vers le village est maintenant bordée d'immenses villas construites à même la pente; au loin, je constate que le nombre de maisons a considérablement augmenté.
     Je sors mes affaires de la voiture pour les poser devant le parvis de la petite église blanche qui brille sous le soleil. Un grand black au visage traversé de haut en bas par une énorme balafre s'arrête devant moi et me regarde avec des yeux exorbités. "No ! No lo puedo creer ! El francés !!" (il ne se rappelle plus de mon nom évidemment ni moi du sien) et il me saute dans les bras pour l'accolade coutumière. C'est Yosimar, un des nombreux locos (fou, ndlr) tagangueros qui est encore trasnochado (adjectif désignant quelqu'un après une nuit blanche, ndlr). Quelques minutes après arrive Briyit, mon ancienne collocatrice à l'époque où j'avais fait mon stage de plongée ici. On part tous les trois à la recherche d'une maison à louer pour les deux semaines que j'ai prévues de passer ici. 300.000 pesos ??? Alors que j'en payais 250 pour un mois dans une baraque deux voire trois fois plus grande !! Apparemment, les prix ont fortement augmenté. Je trouve finalement une petite bicoque pour 200.000 mais à cent mètres de la plage et dans laquelle on tiendra bien à deux pour les quelques jours où Druz sera là. Il y a un petit patio à l'intérieur qu'on partagera avec Doña Albenis, la propriétaire qui est super sympa et me met tout de suite à l'aise ("pour quoique ce soit, n'hésites pas à demander" me dit-elle d'entrée). Je pose mes affaires, j'arrange un peu la cuisine (j'éclate deux cucarachas énormes et vire une petite souris), j'accroche mon hamac dans le salon et je suis déjà en nage !! Il est à peine neuf heures et il ne doit pas faire loin de 35ºC. C'est l'heure d'aller à la plage.

     Je descends donc au bord de la mer et là, le chemin en terre et les vieilles paillottes en planches récupérées se sont transformés en une promenade pavée et à des kiosques en briques mais toujours avec le toît en palmes pour garder un peu le folklore "cogi" (les nativos de la Sierra Nevada). J'ai appris par la suite que ce sont les mêmes personnes qui tiennent les restaurants mais comme bientôt ils vont devoir payer un loyer, la plupart vont devoir la place à d'autres, sûrement pas des tagangueros d'ailleurs. Les vieilles cafét' sont désormais de jolis petits bars avec terrasses, les magasins d'artesanias des magasins de surfwear ou d'artisanats sorties d'usines, les petites maisons de plain-pied de beaux hotels sur deux-trois étages... il n'y a plus d'artesanos (des sud-américains en général, "hippies" d'une certaine façon, qui voyagent en fabriquant et vendant des bijoux) dans la rue mais des bandes de routards anglo-saxons, israéliens et surtout argentins. Ils sont très sympas ces argentins mais ils ont un peu tendance en voyage à se regrouper entre eux sans trop s'ouvrir aux autres (en plus, les argentines sont splendides mais quasiment inapprochable !!). Bien sûr, il y a un bon quota de français aussi mais nous, on est plus discret (un peu de chauvinisme ne tue personne). Heureusement, il y a toujours la plage (plus propre d'ailleurs) avec ses cocotiers inclinés au-dessus des bateaux colorés de pêcheurs.

     Aujourd'hui, c'est jeudi et le début des festivités de fin de semaine. Briyit, en guide bien renseignée, veut me faire connaître les nouveautés des soirées tagangueras. On commence par le Sensation, une terrasse moitié couverte, moitié plein air, située en plein village qui se remplit quasiment tous les jours des gringos de passage venus danser sur les rythmes répétitifs de la "techno" commerciale type David Guetta ou Black Eyed Peas, du reggeton à fond les ballons et un morceau de salsa mais un seul et toujours le même (qui est excellent cela dit). Mais où est passé le bon vieux vallenato bien colombien ?
     On continue avec le Mirador qui porte bien son nom puisqu'il est perché au quatrième étage d'un hotel accroché à la montagne. La musique y est toujours la même, l'ambiance mi-importée, mi-adaptée aussi mais ce lieu est par contre très beau, très bien agencé et offre la meilleure vue que j'ai pu voir dans un bar (j'ouvre un guide bientôt et celui-ci sera dans la rubrique "panorama").
     A trois heures du matin tout ferme (un des défauts des soirées colombiennes) et tous les cocaino-bourrés se dirigent vers la Casa Bait, un hotel d'israéliens construit autour d'un énorme patio et d'une piscine dont le fond est décoré d'une superbe étoile de David. C'est l'after où tout le monde va se "finir" sur fond d'électro à deux balles et où tout est permis ou presque (il y a toujours une queue pas possible pour les toilettes). Un concentré de Babylone en plein coeur de Taganga !!!
 
     Le rythme de la journée est simple : jus de fruits naturels devant la mer au lever, plage, papottage ou sieste, re-jus, re-plage, coucher de soleil grandiose tous les jours, apéro, bringue. Il est impossible de faire la distance maison-plage en moins de trente minutes parce qu'on s'arrête tout le temps pour causer avec quelqu'un. C'est bon, j'ai repris mes marques. Le samedi, alors que le soleil vient de se coucher et que les gens restent traîner quelques minutes devant le souvenir récent de cette palette de couleurs rouge-orange, s'élèvent le son fameusement criard d'une petite flûte et le roulement des percussions. Un atroupement se forme autour de femmes, de jeunes femmes, de jeunes filles et de petites filles déguisées de vêtements typiques et bariolés et s'élance la parade de préparation du Caranaval. Tout le village est de la fête, tous les gringos aussi, on passe dans les rues en dansant au son de l'orquestre de cumbia, les voitures klaxonnent, les motos aussi, tout le monde sort des maisons, tape des mains, entame deux-trois pas de danse et rejoint le cortège. Après deux tours de village, la musique s'étouffe peu à peu, les gens se dispersent,... après tout, ce n'est que la préparation au Carnaval (et c'est comme ça tous les samedis jusqu'au jour fatidique) mais nous, on y avait bien cru. Druz me rejoint dans la soirée après un passage à Cartagena et je suis super content de lui faire découvrir cet endroit dont il a tant entendu parlé et de lui présenter tous les potes que j'ai retrouvé ces derniers jours.

      Après le week-end, il repart pour la Ciudad Perdida, un site archéologique perdu (justement) dans la Sierra Nevada. Il faut marcher trois jours dans la jungle pour y arriver, survivre aux moustiques gros comme des libellules, traverser la rivière au moins quinze fois, gravir un bon millier de marches glissantes mais c'est vraiment une randonnée mémorable qui mène à un site exceptionnel. Pendant ce temps, je pars à mon tour pour Cartagena de Indias, cette impressionnante ville emmuraillée parfaitement conservée (sûrement en partie rénovée) où les vives coloris des maisons brillent sous le soleil des Caraibes. Je connais déjà bien ce témoin tragique de l'Histoire de l'Amérique du Sud (c'était la porte d'entrée des esclaves africains dispatchés par les espagnols sur la moitié ouest du continent) mais cette fois, j'y viens pour plonger autour des Islas del Rosario (où je ne suis jamais allé en cinq visites). J'y fais deux plongées superbes, en maillot de bain dans une eau à 28ºC, dont une où on s'introduit dans deux épaves. C'est génial de se balader en apesanteur dans les cabines où l'on imagine l'équipage y dormir, y manger, y vivre. Aujourd'hui, elles sont peuplées de poissons divers, de langoustes, d'éponges et de coraux.

      Après cette belle expérience, je retourne à Taganga pour retrouver les amis et attendre le retour du Druz. Et je l'attends de pied ferme parce que ce week-end, on fête notre anniversaire. Et oui, pour les amis qui ne le saurait pas, on est tous les deux nés le 28 février et quelle occasion de la fêter en Colombie. C'est un peu le gros point final de notre voyage ensemble puisqu'il repart le 5 mars vers la France.
      Je le retrouve tout crasseux, bien bronzé et pas trop piqué mais surtout heureux de cette épopée inoubliable. Après une douche et une pizza, on reprend le train festif devenu habituel à
Taganga. Arrivés à la Casa Bait, Briyit nous présente un groupe de français bien sympathiques, voyageurs solitaires qui se sont regroupés au cours de leur périple. Et avec eux, une plus que charmante jeune fille au teint mat, au faciès plutôt andin et au sourire charmeur, Fernanda, une équatorienne qui voyage seule, le sac sur le dos (fait assez rare d'ailleurs) et qu'ils ont rencontré à Bogotá. On discute, elle me dit qu'elle adore danser, qu'elle fréquente une boîte de pura salsa à Quito et quand, pour une fois passe du reggeton, pour une fois passe un son un peu latino, je la prends dans mes bras, on commence à faire quelques pas tous les deux et tout de suite, je sens que tout est fluide, comme si on dansait ensemble depuis des semaines (les gens qui ont l'habitude de danser confirmeront qu'il est rare que ça colle directement, ou alors c'est bon signe...). Ça y est, j'ai trouvé mi pareja de baile ! (la Casa Bait est malgré tout un bon endroit pour faire connaisance)
      Le lendemain, on se retrouve tous au Pachamama, un bar-resto tenu par un français où Carlos (qui n'est pas français mais on l'excuse) fait de supers cocktails. On a prévu d'aller à La Puerta, à Santa Marta, la boîte qui était dans le vent et qui l'est toujours, mais comme tout le monde commande et recommande des mojitos maracuyá (j'vous l'conseille, hummm), on décide de partir tous les deux pour chauffer la piste. La musique est bien plus dansante, entre reggeton, salsa, merengue mais aussi rock et hip-hop latinos (très bons et qui n'arrivent pas vers chez nous) et ces rythmes chaleureux nous rapprochent, nous rapprochent... et je m'arrêterai là de peur de faire rougir la Mamie. Bref, une soirée inoubliable !
      On continue le week-end à faire la rumba avec tous nos nouveaux amis, Sophie la lyonnaise aux airs de bretonne, Mourad la stéphanois qui ne peut sortir sans un maillot vert, Baptiste l'homme le plus blanc de Taganga puisqu'il n'émerge jamais avant 18 heures et bien d'autres.
Le 28 février ne fut pas le point culminant du week-end (ça tombe un lundi). Je retrouve le Druz encore dans l'ambiance de la veille, sur la plage avec ces nouveaux amis colombiens et après une bonne sieste, on rejoint tous, comme d'habitude maintenant, la Pachamama pour déguster un filet mignon (de boeuf) sauce au bleu (un bonheur !) arrosé de caipirinha maracuyá (encore meilleur que le mojito).

      Finalement, le mercredi, on arrive à décoller et on part en tête-à-tête avec le Druz (il va de soi) vers l
e Parque Tayrona vivre nos derniers moments de trip mémorable dans le calme de cet eden de végétation et de plages paradisiaques. Quand je dis "paradisiaques", ce sont pour moi les plus belles plages que j'ai vu au cours de mes voyages (et j'en ai vu un paquet). On se tape cinq heures de marche (ça peut se faire en deux heures mais on s'est dit qu'un peu d'effort ne nous ferait pas de mal), on croise quelques singes, des termitières géantes accrochées à des arbres aux formes originales, des papillons gigantesques ou multicolores, des autoroutes tracées par des colonies de fourmis besogneuses avant d'arriver au Cabo San Juan, LA plus belle plage du monde (je parle de plages sous les tropiques parce que la plage la plus belle du monde est sans conteste Portez, Locmaria-Plouzané, Finistère, Bretagne, France).
      Petite anecdote marrante ou du moins, instructive quand on voyage en Amérique du Sud. Après un fabuleux dîner constitué d'un plat de pâtes et de trois bières pour deux (on avait mal compté nos sous avec le frangin), on se retrouve avec Josian et Mickael (deux français dont je vous reparlerai plus tard) à se taper un bon sandwich (référence à "How I met your mother" mais vous comprendrez) devant la plage mais surtout devant le resto. Un mec en maillot vient nous voir et nous dit : "vous savez qu'il est interdit de manger des sandwichs en Colombie et que pour ça, vous pouvez aller en prison." Josian, déjà bien échauffé (ils se sont enfilés deux bouteilles de rouge les malins) et inconscient de la situation, accepte de partager avec lui mais refuse de le laisser nous le prendre. A ce moment, le type soulève son tee-shirt pour montrer la crosse de son arme dépasser de son maillot de bain et nous confirmer qu'il est bien de la police. On essaie de faire taire Josian qui n'a toujours rien vu et on se laisse confisquer le sandwich à peine allumé... heu, entamé. Le lendemain, juste avant de partir, on croise de nouveau nos deux accolites et pendant qu'on discute, on voit s'approcher le type de la veille, en uniforme cette fois et avec son collègue."C'est à vous que j'ai confisqué ce sandwich hier (il le sort de sa poche, tu vois Josian qu'il n'allait pas se le manger tout seul). Vous allez nous accompagner chez le juge à Santa Marta, vous allez payer l'amende équivalente au salaire minimum colombien (600.000 pesos = 240 euros, ce n'est pas beaucoup pour vivre mais pour une amende quand même), on appèlera votre consulat pour vous renvoyer dans votre pays et vous interdire de revenir sur le territoire colombien. Les autres font des yeux ronds comme des billes mais moi, je sais que c'est de l'intimidation (ça fait un peu beaucoup pour un sandwich), il veut qu'on lui paye su propina (son bakchich quoi). On s'en sort quand même pour 200.000 pesos (j'suis pas très bon pour marchander) pour quatre et une bonne leçon à retenir : y'a toujours moyen de négocier avec la police colombienne, hahaha !!
     On a repris la route avec el Pedro en courant, non pas pour échapper à la police mais parce qu'on est attendu chez Benja y Ceneris pour manger du poisson frit (je vous en reparlerai également plus tard). On grimpe la montagne dans la jungle, on s'arrête quelques minutes au Pueblito, replique bien plus petite de Ciudad Perdida, et on redescend vers la route en courant. Le poisson était bon (merci) et l'accueil toujours aussi chaleureux chez cette famille de tangangueros.

      Les bagages sont faits, on est vendredi 4 mars et on se dit au revoir avec mon petit frère sur le quai du terminal de Santa Marta. Lui part vers Caracas puis la France pendant que Fernanda et moi nous dirigeons vers Barranquilla et le deuxième plus grand Carnaval d'Amérique Latine. Merci Druz pour ce trip mémorable, c'était génial de voyager avec toi, de pouvoir prendre chacun sa route de temps en temps pour encore mieux se retouver après."Fue una chimba marica !!"


Publié à 23:54, le 19/05/2011, Taganga
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Las Palmas de Cera de Salento

     On est tous les trois dans le coltard après ce week-end de rumba et surtout parce qu'il est sept heures du mat' et qu'on est déjà au terminal de transporte ! Druz et Svenja ont toutes leurs affaires tandis que moi je voyage léger parce que j'ai prévu de retourner à Cali pour l'anniversaire d'Ana Maria. C'est vraiment agréable de porter juste un petit sac quand on a l'habitude de trimbaler 25 kilos sur le dos, au moins 5 ou 6 devant et un body sous l'bras.

     En sortant de la ville, les champs de canne à sucre défilent devant nous sur des kilomètres puis le relief change à nouveau en entrant dans le département du Quindío. Le rio Cauca se faufile entre les collines aux formes arrondies et les zébus blancs broutent à l'ombre des cocotiers. En arrivant à Armenia, juste le temps de boire un café et à peine de fumer une clope et on saute dans le bus pour Salento. Maintenant les collines se sont transformées en élégantes montagnes vêtues du manteau vert des caféiers cultivés sur leurs pentes abruptes. On s'enfonce dans la nature, on grimpe de plus en plus haut et finalement on arrive dans un joli petit village aux maisons bordées de poutres et de balcons bleus, rouges, verts ou jaunes.
     Les gens ont coutume de se déplacer en charrette ou à cheval, le sombrero sur la tête  et le poncho sur les épaules. On imagine bien Juan Valdez débarquer ici avec sa mule et son sac de café. Et c'est à cheval qu'on souhaiterait découvrir el Valle de Cocora. Une journée pour y aller et revenir. Vu qu'on a que l'après-midi, on opte pour la solution voiture puis cheval à l'arrivée. Sur la place attendent les jeeps, on négocie le prix et on saute à l'arrière de l'engin. Debouts, les cheveux au vent, on admire les paysages de plus en plus beaux à chaque virage. On s'approche de notre but et las palmas de cera (les palmiers de cire, ndlr) commencent à s'élever sur les crêtes des montagnes. Ces palmiers gigantesques, pouvant atteindre une hauteur de 60 mètres, étaient abattus au siècle dernier pour en extraire de la cire mais comme on n'en trouvent que dans cette vallée (peut-être même au monde mais j'ai peur de dire une connerie) les autorités ont interdit leur exploitation. Du fait de leur rareté, ils ont été nommés "arbre nationale de la Colombie". 
 On saute de la jeep et on enfourche les chevaux pour pénétrer un peu plus dans la vallée. Le ciel est toujours couvert mais les éclaircies plus fréquentes maintenant laissent échapper quelques rayons de soleil qui illuminent les palmiers comme si c'était d'une intention divine. Cette promenade nous émerveille sauf Svenja qui fait la gueule, on sait pas trop pourquoi. C'est vrai que le chemin est franchement boueux et qu'on en prend plein les pattes mais on s'en doute quand on va faire du cheval. Y'a un peu de ça vraisemblablement mais elle pensait vraiment se trouver dans une forêt bien dense en palmiers alors que justement on aime qu'ils soient plus éparses et plantés tout droit comme des piquets. Elle aura bien le temps d'en profiter des champs de palmiers et de cocotiers quand elle sera sur la côte caribéenne.
     De retour à Salento, on sort manger une truite qu'il ne faut apparemment pas rater ici (elle est un peu trop grillée mais ça l'fait quand même). Les rues sont bien propres, les maisons bien peintes, de jolis petits magasins vendent des artesanias de tous genres et de jolis petits restaurants proposent des plats végétariens. On sent les prémices d'une invasion touristique qui oeuvre peu à peu. La première fois que j'ai connu ce pays, je ne n'avais pas croiser un routard avant d'arriver sur la côte nord et là, dès Popayán, j'en ai rencontré plusieurs. 
Après une bonne nuit de sommeil, chacun reprend sa route. Svenja part vers Bogota, Druz vers Medellin et moi vers Cali mais on a prévu de se retrouver à Santa Marta dans quelques jours. 
 
     Le rendez-vous est donné à 16 heures chez Liliana, la maman d'Ana Maria et la soeur de Julian (pour ceux qu'aurait pas suivi le dernier épisode). On arrive avec les cadeaux et une heure de retard (hora colombiana) et tout le monde est déjà là (sauf les maris bien sûr). Il y a même le tonton ancien narcotraficant à l'air patibulaire qui ne décroche jamais un mot ni un sourire. Le salon est décoré de guirlandes et de ballons, Ana Maria dans sa jolie robe attend derrière la table pour souffler ses huit bougies et découper son énorme cake au chocolat. Elle ouvre ses cadeaux barbie ou niña bonita, saute de joie, embrasse tout le monde,... un vrai anniversaire de petite fille. 
     Pour le dîner, on retourne au restaurant de Julian pour savourer une dernière fois du baby beef con maduros. On est en plus petit comité (même si tonton est toujours là), ça me permet de passer du temps avec Ana Maria qui jouait toute la journée avec moi il y a quelques années. Au moment de lui dire au revoir, elle me demande quand je reviendrais et je lui réponds que je ne sais pas encore. Alors elle prend son air malicieux et me dit :"tu reviens pour mes 9 ans !"
 
Le lendemain, je repars vers les Caraibes, heureux d'être revenu à Cali. Mes premiers souvenirs de Colombie, mes premières amitiés colombiennes. Je faisais vraiment partie de la fraterie Obando et aujourd'hui, malgré les années écoulées, leur séparation, le chemin que chacun a pris, leurs liens restent aussi fort et les nôtres aussi. "Cali, volveré !!!!!"


Publié à 06:39, le 5/05/2011, Salento
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Cali es Cali, lo demas es loma

     Retour à Cali. Cinq ans après la Feria de la Salsa, je retrouve cette ville sans grand intérêt touristique mais qui représente tellement de choses pour moi. La gentillesse des gens et leur accueil, la salsa dans ces discothèques bondées d'excellents danseurs et danseuses, les précautions à prendre quand on se balade dans une ville à la si mauvaise réputation, la beauté et le charme naturelle des colombiennes,... bref que de bons souvenirs.
 
     "Calle quinta con carrera 23". Julian ne vit pas très loin de San Cayetano, le quartier où il vivait avec son frère Carlos, ses deux soeurs Luz Elena et Liliana et sa nièce Anna Maria. Aujourd'hui, chacun vit de son côté, ses soeurs se sont "mariées" et vivent avec maris et enfants, Carlitos... je sais pas. Dès que je l'ai contacté, il a proposé de me loger et aussi Druz  qui doit me rejoindre ici demain. Je le retrouve toujours aussi sympathique, le contraire m'aurait étonné. On entre dans son appartement et je retrouve également son père qui attendait mon arrivée. Il y a une chambre, une cuisine et une salle de bain et je me demande bien comment on va rentrer tous les trois dans ces trente mètres carrés. On se remémore les bons moments passés ensemble, on se raconte nos vies depuis qu'on s'est vu et je lui demande : "j'ai vu sur Facebook que tu es en couple" et là, il m'explique en prenant plein de détours qu'il n'a pas UNA novia pero UN novio. Ils vivent ensemble et ne s'inquiétait pas de ma réaction mais plutôt de celle de Druz ? "No te preocupes, Pedro y yo somos iguales." "Et tes soeurs, comment elles vont ?" (toujours les pieds dans l'plat le Paco). Elles vivent un peu enfermées du fait de la jalousie des maris qui, en plus de ça, se demandent : "C'est qui ce François (ce sont les seules personnes qui ont réussi à m'appeler par mon vrai prénom) dont on a jamais entendu parler et qu'on considère comme de la famille dès qu'il réapparaît ?" Je sens que ça va être tendu avec les maris... Et puis, Cristian, le copain de Julian, a apparemment un sacré caractère et se pose la même question. Pas simple non plus. "Bon, je vais travailler, Cristian va bientôt rentrer." On va savoir ça tout de suite...
 
     Cristian arrive, quelques minutes plus tard, avec un air tant suspicieux que précieux. La discussion commence timidement, je sens quíl va falloir forcer un peu les choses et au bout de deux-trois heures et quelques bières, on est déjà en train de "se fendre la gueule" et de se mettre des tapes dans le dos. Julian sort du travail, nous retrouve à l'appart et on se dirige vers Juanchito et ses multiples boîtes de salsa. Trois mecs sans fille au bord de la piste à Cali (on va nous prendre pour des homos héhéhé), ce n'est franchement pas facile pour trouver des partenaires. C'est qu'ici, les mecs prévoient leurs parejas de danse avant de soritr. Demain on s'organisera mieux.
 
     Il est déjà 15 heures et toujours pas de nouvelle du Druz qui devait m'appeler en partant de Popayán. C'est curieux mais j'ai facilement tendance à m'inquiéter pour lui. Finalement, il appelle et il est déjà à Cali, Plaza Caicedo, à nous attendre avec Svenja, une routarde hollandaise qu'il a rencontré en chemin. Avec son sens de l'hospitalité habituelle, Julian lui propose de la loger chez une de ses soeurs ou chez son ancienne voisine, Karol, mais elle préfère aller à l'hotel.
     Le soir, on se retrouve tous au restaurant de Julian, spécialisé dans les viandes et les différentes préparations de maduro, une sorte de banane qui sert souvent d'accompagnement. Tout le monde (cette fois, on a prévu le coup, on a deux partenaires : Svenja et Karol) a sorti ses plus beaux habits (pas beaucoup de choix pour les baroudeurs) et on déguste cet excellent repas arrosé d'un très bon vin argentin. Je crois vraiment besoin d'une bonne grosse bouffe de qualité de temps en temps.
     Une fois rassasiés, on saute dans un taxi (à sept dedans, ça ne pose pas de problème ici) pour aller à la Viejoteca où ils ne passent quasiment que de la salsa brava. Quelle frustration, lors de ma première venue, de voir les gens danser aussi sublimement que naturellement alors que j'étais incapable de faire deux pas en rythme. Mais ça y est ! Cinq années de dur labeur pour enfin pouvoir inviter des filles à faire quelques passes en salsa mais également en merengue, bachata ou vallenato et ce, à la plus grande surprise de Julian. On a aussi découvert une nouvelle danse : le choque qui porte bien son nom puisque la fille donne de grands coups de hanches (pour ne pas dire fesses) contre les hanches du mec, le tout sur le rythme non innocent du reggeton.
 
     Le lendemain, on rejoint Cristian à son salon (ben oui, il est coiffeur) pour que Svenja rafraîchisse sa coupe et que Druz et moi, on se fasse une petite manucure. J'ai découvert ça en Colombie. Les hommes entretiennent énormément leurs mains, voire leurs pieds, et je le fais fréquemment quand je suis en Amérique du Sud. Tiens, d'ailleurs, il va falloir que j'y retourne, mon vernis commence à partir.
     Pour la soirée, nouvelle fiesta mais juste les trois européens. J'ai envie de leur faire connaître la Chiva Rumbera. La Chiva, c'est le bus typiquement colombien à l'armature en bois, tout coloré, encore utilisé dans certaines campagnes, dans lequel ils ont remplacé les fauteuils par une piste de danse et des spotlights. On réserve une place et on fait le tour de la ville en dansant. C'est génial ! J'appelle les différentes agences mais aucune ne loue de places individuelles, il faut réserver tout le bus (et à trois, c'est trop cher et beaucoup moins drôle). Finalement on me propose des places dans une chiva louée par des particuliers à l'occasion d'un anniversaire, en me prévenant que les rumberos ont entre 18 et 20 ans. On arrive les premiers et on voit petit à petit débarquer des groupes de jeunes qui ressemblent plutôt à des adolescents. En effet, la grand-mère vient nous donner ces recommandations pour l'anniversaire de sa petite fille qui fête ses 17 ans. Et nous qui venont juste de nous servir nos premiers verres... L'ambiance est un peu timide au départ, on forme un petit groupe à part dans le grand où tous se connaissent. Après quelques minutes, la Chiva s'arrête à la licoreria et les ados remontent avec plein de bouteilles d'Aguardiente. Alors, c'est tout de suite autre chose ! Tout le monde danse, saute partout, crie, chante, la rumba est lancée. On participe aussi, un peu entre nous et quand on commence à danse el choque avec Svenja, ils hallucinent tous et nous couvrent d'applaudissements, de cris, de sifflets et autres encouragements. Après deux heures de folie ambulante, la Chiva nous dépose près du point de départ et nos nouveaux amis nous invitent à continuer avec eux. On passe vraiment une soirée excellente et on s'étonne qu'ils aient tous 16 ou 17 ans. En France (ou en Hollande), on n'aurait jamais passé une  si bonne soirée avec des ados, je pense. A mon avis, ça vient du fait qu'ici, tout le monde écoute la même musique et il n'est pas rare de voir grand-parents, parents et enfants sortir faire la fête ensemble. Les générations se mélangent bien plus facilement que dans nos sociétés où les ados nous prennent pour des vieux une fois passés les 25 ans.

 
     Le dimanche midi, on est invité à déjeuner chez Cristina, une cliente de Cristian qiui vit dans les beaux quartiers de Cali. L'idée est de se retrouver au supermarché, de faire les courses ensemble pour partager les frais et d'aller chez elle pour cuisiner. Quand on commence à circuler dans les rayons, on nous dit : "Qu'est-ce que nos chers français vont nous préparer de bon?" Druz et moi, un peu pris au dépourvu et encore enguayabados de la veille, on se concerte et on se décide pour des entrecôtes, sauce au bleu, patates sautées. "On sera combien au fait ?  18 ???" Changement de plan, on va prévoir quelquechose de plus simple même si pas franchement français : un boeuf sauté au gingembre. Julian sóccupe des maduros enroulés dans le lard et couverts de fromage fondant. On se met vite à la cuisine tout en faisant connaissance avec nos hôtes puis les uns après les autres, les invités arrivent. On sert le buffet et tout le monde se régale, notre travail n'a pas été en vain et la réputatuion des cuisiniers français est sauve. L'ambiance est vraiment sympa. Peu de personnes se connaissent mais les gens se parlent avec une grande facilité. Ça m'a toujours surpris comme les Sud-Américains ont beaucoup moins de complexe ou de retenue pour faire connaissance et rapidement, c'est comme s'ils se cotoyaient depuis longtemps. C'est une des choses que j'apprécie et qui me fait me sentir proche d'eux.
 
     Le lundi, on part rendre visite aux soeurs de Julian afin qu'elles fassent connaissance avec le Druz. Les maris ne sont pas là ce qui rend les choses plus simples et on part se promener dans un des immenses centre commercial de la ville. Les enfants jouent et courent partout pendant qu'on déguste des glaces à la maracuyà. Comme avec leur frère, c'est comme si on s'était vu le mois dernier à part que les vies de chacuns ont bien changé. Avec Liliana, on ne peut pas s'empêcher de se chercher ou de se foutre l'un de l'autre alors qu'avec Luz, l'aînée, nos discussions sont toujours plus "intellectuelle". Je suis content de les retrouver mais j'aurai aimé les voir plus que ça et leur montrer mes progrès en danse, elles qui ont supporté mes premiers pas arythmés. Les temps changent mais les relations d'amitiés restent les mêmes et c'est le principal.
 
     Mardi matin, nos sacs sont prêts et on dit au revoir à julian et Cristian en les remerciant pour ce week-end plein de rumbas et de salsa. On part avec Svenja vers le terminal de transport, direction Armenia et l'eje cafetero.


Publié à 05:45, le 25/04/2011, Cali
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